Fiscalité: La fin du bouclier fiscal est «une bonne nouvelle», craintes sur la future réforme de l'ISF

RÉACTIONS es économistes sont mitigés après les annonces du gouvernement...

Thibaut Schepman
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Le ministère des Finances, quai de Bercy à Paris.
Le ministère des Finances, quai de Bercy à Paris. — APESTEGUY / SIPA

UPDATE : L'Assemblée Nationale a officiellement mis fin au bouclier fiscal le samedi 11 juin. A l'annonce cette disparition en mars 2011, les économistes se félicitaient de la décision.

Le gouvernement a confirmé jeudi lors d’un colloque à Bercy les principales pistes envisagées par le gouvernement pour sa future réforme fiscale prévue en avril. Il a officiellement annoncé la disparition du bouclier fiscal, mesure phare du début de quinquennat de Nicolas Sarkozy.  

Cette décision fait l’unanimité parmi les économistes ce vendredi matin. Créé en 2007, le dispositif «a été mal compris et sans doute la crise a rendu nos concitoyens plus sensibles à certains de ses effets», a reconnu le Premier ministre.

«Une très bonne nouvelle»

Les avis sont beaucoup plus partagés sur les pistes de réforme de l’Impôt sur la fortune (ISF) évoquée jeudi, qui doit compenser la suppression du bouclier fiscal aux yeux du gouvernement. Les contours exacts de la réforme ne sont donc pas encore clairement déterminés.

«La réforme consiste en gros à remplacer un cadeau aux plus riches par un autre cadeau aux plus riches», juge ce vendredi l’économiste Thomas Piketty dans Libération. Auteur d’un ouvrage sur la réforme fiscale, il regrette que «l'argent que l'on va économiser avec la suppression [du bouclier fiscal] sera rendu à 300.000 contribuables à l'impôt sur la fortune».

«Un cadeau aux cadres aisés»

Il précise qu’en ajoutant «toutes sortes de niches fiscales et un abattement de 30% sur la résidence principale», «le seuil de patrimoine réel qu'il faut dépasser pour commencer à payer l'ISF (…) passera dans la réforme proposée à 1,9 million d'euros». Ce qui fait dire à l’auteur que «ce gouvernement bling-bling fait le choix des patrimoines déjà constitués et tourne le dos aux classes moyennes et aux jeunes». «Il faut être clair: il n'y a aucune volonté de réforme fiscale, seulement une volonté de supprimer le boulet politique qu'est devenu le bouclier fiscal, sans avoir l'air trop bête. Le problème, c'est que le gouvernement ne fait pas qu'effacer ses bêtises, il en invente de nouvelle», ponctue l’économiste.

Même sentiment pour l’économiste Nicolas Bouzou, «Il est possible que cette mesure alourdisse la charge qui pèse sur les classes moyennes», s’inquiète-t-il, jugeant que la fin du bouclier fiscal ne suffira pas à compenser le coût d’une réforme de l’ISF. «En fin de mandat, l'objectif est politique», estime également Dominique Seux, rédacteur en chef du quotidien Les Echos. L’éditorialiste juge que la stratégie du chef de l’Etat est «limpide»:  «Nicolas Sarkozy concède un cadeau aux cadres aisés. Avec l'espoir qu'ils s'en souviendront.»

Plusieurs pistes
Le seuil de patrimoine de cet impôt sera désormais d'1,3 million d’euros, afin d'éxonérer 300.000 contribuables dont le patrimoine. Le gouvernement envisage également de ne  plus taxer le patrimoine lui-même mais son évolution. Dans ce cas, seules les personnes dont la valeur du patrimoine a augmenté d’une année sur l’autre serait imposées.