USA: Bernanke met en garde contre les effets d'une hausse durable du pétrole

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Le président de la banque centrale des Etats-Unis (Fed), Ben Bernanke, a estimé mardi qu'une éventuelle "hausse durable" du pétrole pourrait menacer l'économie américaine à un moment où sa reprise n'est toujours pas "vraiment établie".

M. Bernanke, qui s'exprimait à Washington devant des élus du Sénat, s'est montré néanmoins relativement confiant pour l'évolution du marché de l'emploi à court terme.

"Une hausse durable des prix du pétrole et d'autres matières premières représenterait une menace tant pour la croissance économique que pour la stabilité des prix", a déclaré le président de la Réserve fédérale devant la commission Bancaire du Sénat.

La hausse des cours du pétrole, latente depuis quelques mois, s'est transformée en flambée à la faveur des soulèvements populaires qui agitent le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord depuis janvier. Les cours du brut sont remontés à leurs plus hauts niveaux en deux ans.

"Le plus probable", a néanmoins estimé M. Bernanke, "est que la hausse récente des prix des matières premières entraîne au pire une accélération légère et temporaire de l'inflation au niveau des consommateurs."

"Cette perspective est conforme aux prévisions des membres du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) et de la plupart des prévisionnistes privés", a-t-il ajouté.

L'indice d'inflation servant de référence à la Fed s'est établi en janvier à 1,2% sur un an. La Réserve fédérale juge souhaitable que cette mesure de la hausse des prix soit comprise entre 1,6 et 2,0% et estime que, à cette aune, l'inflation pourrait être insuffisante jusqu'en 2013 au moins.

M. Bernanke a néanmoins estimé que le risque de déflation - qui donnait des sueurs froides à la Fed il y a encore quelques mois seulement - était "devenu négligeable".

A propos de la conjoncture générale de l'économie, M. Bernanke, a dit avoir "quelques raisons d'être optimiste pour le marché de l'emploi dans les quelques trimestres à venir" mais n'a pas franchement modifié son opinion exprimée à plusieurs reprises en février: les choses s'améliorent, mais sont encore loin d'être satisfaisantes.

Le taux de chômage officiel des Etats-Unis a baissé de 0,8 point en décembre et janvier, enregistrant une baisse sur deux mois d'une ampleur inédite depuis 1958.

Néanmoins, "la hausse des embauches reste relativement faible" et le "chômage élevé", a dit M. Bernanke. Et "tant que nous ne verrons pas une période prolongée d'embauches plus vigoureuses, nous ne pourrons pas considérer que la reprise est vraiment établie".

Il a répété son pronostic selon lequel la croissance économique du pays devrait s'accélérer "quelque peu" en 2011 par rapport à 2010 (où elle a atteint 2,8%) mais a redit que les Etats-Unis pourraient avoir besoin de "plusieurs années" pour récupérer les quelque 8,7 millions d'emplois perdus pendant la crise.

Pour Troy Davig, économiste de Barclays Capital, M. Bernanke n'a donné "aucune indication de ce que la Fed allait changer le cap" de son programme de rachats d'obligations du Trésor américain.

La Fed a décidé en novembre de racheter pour 600 milliards de dollars supplémentaires de titres de dette de l'Etat fédéral jusqu'à la fin juin afin de maintenir le plus bas possible les taux d'intérêts à long terme.

Le but affiché de ce programme est de soutenir la reprise en tentant de stimuler l'investissement et la consommation.