Un Observatoire pour tenter de rémédier à la précarité énergétique

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Alors que les prix de l'énergie s'envolent et que l'hiver semble s'éterniser, le gouvernement a installé mardi un Observatoire de la précarité énergétique pour mieux identifier et aider les 3,4 millions de ménages qui y consacrent plus de 10% de leurs ressources.

Un Français sur dix, soit 6,5 millions, "a souffert du froid en janvier car mal chauffé", a assuré la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet à l'occasion de l'installation de cet Observatoire.

"Il faut agir sur les causes de la précarité", a-t-elle affirmé lors d'une conférence de presse.

L'Observatoire de la précarité énergétique devra "mesurer l'évolution de ce phénomène et identifier les zones les plus concernées", ainsi qu'"assurer le suivi des aides financières publiques et privées apportées aux ménages précaires".

La réduction de la fracture énergétique s'annonce d'autant plus difficile que les ménages visés sont plutôt âgés (55% d'entre eux ont plus de 60 ans) et habitent principalement dans des maisons anciennes construites avant 1975 dans des zones rurales.

Même modestes ou très modestes, ils sont très majoritairement propriétaires du logement qu'ils occupent, ce qui rend plus difficile l'application de vastes programmes de rénovation.

Philippe Pelletier, le président du comité stratégique du plan bâtiment Grenelle, avait préconisé, l'an dernier, un plan global de près de 4 milliards d'euros en 10 ans, dont 1,7 milliard à la charge de l'Etat, pour aider ces plus démunis à réduire leurs factures de chauffage et d'électricité.

Car, paradoxe difficilement compréhensible sauf par défaut d'information ou par gêne de les demander, les tarifs sociaux de l'énergie profitaient à moins de la moitié de leurs ayants droit potentiels, estimés à environ 2 millions, selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE)

Pire encore, le nombre de foyers bénéficiaires du tarif social de l'électricité, qui était encore de 940.000 fin décembre 2009, a chuté à 650.000 (-31%) fin 2010.

Outre le Fonds de solidarité logement (FSL), qui a permis de venir en aide en 2008 (dernier chiffre publié) à 306.000 ménages au titre d'aides à l'énergie pour un coût de 66 millions d'euros, le gouvernement a lancé l'an dernier le programme "Habiter mieux".

Doté de 1,25 milliard d'euros (500 millions des Investissements d'avenir de l'Etat et 750 millions de l'Agence de l'habitat, Anah), il doit aider, d'ici 2017, à la réalisation de travaux de rénovation thermique pour 300.000 logements.

Les départements peuvent abonder l'aide de 1.100 euros (en la portant à 1.600 euros) pour les propriétaires occupants qui réalisent des travaux améliorant d'au moins 25% la performance énergétique de leur logement.

Dix départements ont déjà signé une convention: Bas-Rhin, Haute-Loire, Haute-Marne, Jura, Isère, Drôme, Meurthe-et-Moselle, Vienne, Saône-et-Loire, Maine-et-Loire, selon l'Anah.

"Deux tiers des départements auront signé fin juin", a assuré Benoist Apparu, le secrétaire d'Etat au Logement.

L'association CLCV a estimé, dans un communiqué, que "les consommateurs n'ont pas besoin d'un énième observatoire mesurant des phénomènes de précarité, mais de moyens concrets pour les prévenir".

La CLCV réclame notamment, plutôt que de "multiplier les tarifs sociaux", la création "d'un dispositif global de solvabilisation des ménages, qui s'appliquerait à l'ensemble des services essentiels (eau, électricité, gaz, internet) et se substituerait à l'ensemble des tarifs sociaux existants".