Crise de la dette: le mois de mars sera décisif pour la zone euro

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Le mois de mars sera décisif pour la zone euro, avec des négociations marathon pour mettre au point une défense contre les crises de la dette plus nécessaire que jamais alors que les pays les plus fragiles, Portugal et Grèce en tête, restent dans le viseur des marchés.

"Il faut attendre un message clair de la part des autorités européennes en mars pour être sûr que la crise est derrière nous", ont prévenu cette semaine les analystes de Dexia Assets Management.

Les "lenteurs et hésitations" de l'action européenne en la matière ont été dénoncées, entre autres, par le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos.

Le Portugal risque d'être le prochain candidat à une aide financière après la Grèce et l'Irlande l'an dernier. Mais d'autres aussi s'impatientent.

"On a perdu trop de temps, écorné trop de confiance, détruit trop de crédibilité sur l'année écoulée", résumait dernièrement l'institut de recherche Bruegel, réclamant une action "agressive" des dirigeants européens.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE sont censés endosser un dispositif de réponse à la crise lors d'un sommet les 24 et 25 mars à Bruxelles. Mais à un mois de l'échéance, l'Europe parle toujours sur plusieurs tons. Notamment sur le futur visage du Fonds temporaire de sauvetage pour les pays en difficulté créé l'an dernier, qu'ils veulent améliorer et pérenniser.

"Avoir en place un Fonds fort, consistant et souple est une question cruciale pour assurer la stabilité de la zone euro", affirme la Commission européenne.

Le principe d'un doublement de la capacité effective de prêts du futur mécanisme est entendu. Mais les débats traînent en longueur sur ses modes d'action.

Aujourd'hui, le Fonds ne fait que lever de l'argent sur les marchés pour le prêter aux pays en difficulté. Faut-il aussi lui permettre de racheter leur dette publique? La BCE, qui s'en charge à titre temporaire depuis l'an dernier, et le Portugal, le pensent. Le sujet fait en revanche grincer les dents en Allemagne.

Le débat porte aussi sur le sort des pays déjà aidés. La Grèce, pour laquelle certains économistes n'excluent pas à moyen terme une restructuration de dette, veut davantage de temps pour rembourser les prêts obtenus. En Irlande, les centristes du Fine Gael, vainqueurs des élections selon un sondage sortie des urnes samedi, veulent renégocier à la baisse des taux d'intérêt jugés "punitifs".

Les discussions se prolongent parallèlement sur le volet "préventif": l'amélioration de la discipline budgétaire et la coordination des politiques économiques nationales.

Les Européens s'accordent sur la nécessité de durcir le Pacte de stabilité, censé empêcher le dérapage des finances publiques. Mais pas forcément sur les modalités d'évaluation de la dette ou des déficits, ni sur l'automaticité des sanctions envers les mauvais élèves.

Le "Pacte de compétitivité" proposé par Paris et Berlin pour rendre plus convergentes les économies européennes a pour sa part réveillé des susceptibilités nationales, en touchant des sujets sensibles: âge de la retraite, niveau des salaires ou fiscalité.

Un accord au rabais pourrait néanmoins se payer cher sur les marchés financiers, où la tension est remontée en fin de semaine pour l'Irlande et le Portugal.

Mars sera donc rythmé par une avalanche de réunions préparatoires.

Le 4, les responsables de la droite européenne se retrouveront à Helsinki et leurs homologues socialistes à Athènes.

Le 11, les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro seront à Bruxelles, suivis le 15, voire aussi le 21, par leurs ministres des Finances.

Les Européens détermineront enfin début mars les modalités des "tests de résistance" que subiront leurs banques cette année. Ils devront faire oublier le fiasco de l'édition 2010, décrédibilisée pour ne pas avoir vu venir la crise irlandaise.