Les banques françaises d'une santé insolente relèguent la crise au passé

© 2011 AFP

— 

Les grandes banques privées françaises ont réalisé plus de 21 milliards d'euros de bénéfices en 2010, portées par la reprise, et ont mis résolument la crise derrière elles, ce qui les place en bonne position dans un paysage européen encore marqué par trois années noires.

Les banques françaises sont également quitte des dettes contractées auprès de l'Etat, contrairement à leurs voisines européennes comme la deuxième banque allemande Commerzbank, sortie de la crise financière en 2010 mais qui peine à rembourser l'aide que l'Etat fédéral lui a versé en 2009.

L'Etat français avait prêté au total 19,8 milliards d'euros aux grands groupes bancaires (hors Dexia) pour les aider à traverser la crise et à continuer à prêter aux entreprises et aux particuliers.

Le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole, BNP Paribas et la Société Générale avaient accéléré le rythme de remboursement des aides de l'Etat dès l'automne 2009.

Dernière annonce en date : le groupe BPCE, grâce à une importante hausse de son bénéfice net, a indiqué mercredi qu'il achèverait de rembourser les 2,2 milliards encore dus à l'Etat avant la fin du premier trimestre sur les 7,1 milliards prêtés.

Le groupe s'était initialement fixé fin 2012 pour s'acquitter de sa dette.

BPCE a si bien repris du poil de la bête que le groupe a réservé une enveloppe d'un milliard d'euros en vue de satisfaire sa convoitise d'actifs en Asie et en Afrique, tout en relevant assez nettement ses objectifs en matière de solidité financière à l'horizon 2013, date d'entrée en vigueur du nouveau cadre réglementaire (Bâle III).

Cette nouvelle réglementation leur impose de renforcer nettement leurs fonds propres.

La Société Générale, qui a publié la semaine dernière un bénéfice annuel quasiment sextuplé à 3,9 milliards d'euros, a confirmé qu'elle visait bien un bénéfice net de 6 milliards d'euros en 2012, conformément à son plan stratégique, présenté en juin et l'objectif d'une rentabilité de 14 à 15% en 2012.

Pour atteindre ses objectifs, Société Générale entend en revanche donner "priorité à l'organique" et écarte des acquisitions significatives.

BNP Paribas, lui, a affiché des niveaux de rentabilité insolents avec un bénéfice net de 7,8 milliards d'euros en 2010 (plus 34%), soit un résultat identique à celui atteint en 2007, un record.

Et dans la perspective de Bâle III, BNP Paribas, qui se dit désormais dans "une situation confortable", compte réinvestir les deux tiers de ses bénéfices pour renforcer ses fonds propres, qui ont déjà doublé entre 2007 et 2010.

Le groupe CM-CIC a publié jeudi un bénéfice net de 2,34 milliards d'euros, en hausse de 60,4% sur an, conforte ses fonds propres et renforce son réseau en France et à l'étranger.

En revanche, le Crédit Agricole a trébuché en raison de dépréciations à l'étranger. Toutefois, la banque n'aura pas besoin de lever de fonds pour respecter les normes de Bâle III.

Sur les trois derniers mois de l'année, la banque verte a vu ses comptes plombés de 1,4 milliard d'euros par une dépréciation sur sa participation dans l'italienne Intesa Sanpaolo, clôturant la période sur une perte de 328 millions d'euros.

Elle reste néanmoins largement bénéficiaire sur l'année, avec des profits en hausse de 12% pour l'entité cotée Crédit Agricole SA et de 31% pour le groupe tout entier, à 3,6 milliards d'euros.

En somme, "le secteur bancaire français a globalement bien résisté", s'est félicité jeudi l'entourage du ministre de l'Economie, Christine Lagarde, soulignant que non seulement les banques avaient "remboursé rapidement" mais que l'Etat avait "gagné de l'argent au passage". Quelque 2,4 milliards d'euros.