Russie: les étrangers gagnent du terrain sur le marché automobile

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Laminé par la crise mondiale, le marché automobile en Russie a remonté depuis la pente et suscite de nouveau l'intérêt des constructeurs étrangers, alléchés par les perspectives prometteuses de ce pays.

En l'espace de quelques semaines, plusieurs alliances entre entreprises étrangères et russes pour la production de véhicules sur le territoire de la Russie ont été annoncées.

Début février, l'américain General Motors (GM) indiquait avoir signé un accord avec le russe GAZ, contrôlé par l'oligarque Oleg Deripaska, pour l'assemblage du nouveau modèle de Chevrolet Aveo sur les lignes du groupe russe, à Nijni-Novgorod (440 km à l'est de Moscou).

Le 18 février, c'était au tour de Sollers (ex-Severstal Auto) d'annoncer la création d'une coentreprise avec l'américain Ford pour produire des véhicules Ford dans les usines des deux sociétés, dans la région de Léningrad (nord-ouest), et au Tatarstan (centre).

Et jeudi, GAZ rendait publique la signature d'un autre d'accord, cette fois-ci avec l'allemand Volkswagen, pour fabriquer au moins 100.000 voitures de marque VW et Skoda par an dans son usine.

De son côté, l'alliance Renault-Nissan avait indiqué en novembre qu'elle pourrait prendre le contrôle d'Avtovaz, dont Renault détient pour l'instant 25% du capital.

Encouragés par le rétablissement du marché automobile en 2010, qui a connu une hausse de 30% des ventes après une chute de 49% en 2009, grâce notamment aux mesures de soutien du gouvernement russe, les groupes étrangers ont décidé de passer la vitesse supérieure en Russie.

"Actuellement, il y a environ 15 gros constructeurs étrangers sur le marché russe et qui sont intéressés par plus de croissance", déclare Stanley Root, de PricewaterhouseCoopers.

D'autant que les analystes s'accordent pour dire que la Russie est appelée à devenir l'un des principaux marchés mondiaux dans les années à venir.

"Le parc automobile est vieillissant", explique Ivan Bontchev, d'Ernst and Young, qui ajoute que le taux d'équipement de la population est relativement bas par rapport à d'autres pays.

"Si le marché retrouve la trajectoire de croissance sur laquelle il était (avant la crise, ndlr), on pourrait voir les ventes augmenter de 1,9 à 2,2-2,5 millions cette année, puis à trois millions et peut-être plus au-delà", indique de son côté M. Root.

Conscientes de ces perspectives encourageantes, les autorités ont décidé de ne pas laisser passer leur chance de sortir l'industrie de l'ornière.

"Le gouvernement réalise que c'est vraiment important de conserver des industries qui emploient un grand nombre d'ingénieurs hautement qualifiés", qui peuvent participer à la modernisation de l'économie, souligne M. Root. D'autant plus que le secteur est l'un de ceux qui fournit le plus d'emplois, directement et indirectement.

Par ailleurs, les autorités savent que les constructeurs russes ne peuvent survivre dans un marché mondial extrêmement compétitif que si elles développent des alliances, ajoute le spécialiste.

Dans cette optique, elles ont élaboré une série de mesures pour pousser les grands groupes mondiaux à s'unir à des partenaires russes, en leur proposant notamment des réductions de taxe sur l'importation de pièces détachées, mais à condition de produire au minimum 300.000 voitures par an.

"Les compagnies étrangères comprennent bien que c'est un volume (de production) bien trop important" pour elles seules, sans un partenaire russe, commente Sergueï Tselikov, expert du centre d'analyse Autostat.