Flambée généralisée des prix de l'énergie en France

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Carburants, électricité, gaz : la flambée générale des prix de l'énergie, qui alourdit la facture des consommateurs, devrait se poursuivre dans les mois à venir, sur fond de tensions géopolitiques et des besoins de financement du parc nucléaire et des énergies renouvelables.

Les prix de l'énergie ont progressé de 13,7% depuis un an en France, a annoncé mercredi l'Institut national de la Statistique et des Etudes économiques, un renchérissement dû à la hausse des tarifs de l’électricité (plus 6,4%) et à l’augmentation des prix des produits pétroliers (plus 17%).

Le prix du gazole, carburant préféré des Français avec 78% des ventes, a ainsi atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis le 5 septembre 2008. A 1,3089 euro en moyenne par litre, ce carburant affiche une hausse de 16,5% depuis un an.

Cette hausse des prix à la pompe est la répercussion directe de la flambée des cours du pétrole brut, qui augmentent régulièrement depuis un an face à la vigueur de la consommation asiatique d'or noir.

Les tensions dans les pays du Moyen-Orient, particulièrement en Libye, ont accéléré la tendance : le prix du baril de Brent a franchi la barre des 110 dollars mercredi, pour la première fois depuis septembre 2008.

La Libye produit 1,69 million de barils par jour (mbj) de pétrole brut, et en exporte 1,49 mbj, en immense majorité vers l'Europe. Le pétrole libyen représentait 15,7% des importations françaises d'or noir en 2010.

Les prix à la pompe devraient encore progresser dans les semaines à venir, au vu de ce rebond des cours.

"L'augmentation des prix à la pompe est inévitable", affirme Jean-Louis Schilansky, président de l'Union française des Industries pétrolière.

"La récente poussée des cours du brut n'est pas reflétée complètement dans les prix à la pompe", remarque-t-il, en évoquant un "effet retard" de 10 à 12 jours.

En conséquence, il n'est "pas impossible", selon lui, que les prix de l'essence atteignent leur niveau record du mois de juin 2008, en moyenne à 1,4971 euro/litre pour le sans plomb 95, et à 1,5326 pour le sans plomb 98.

Les prix de ces carburants ne sont en effet plus qu'à environ trois centimes de ces niveaux historiques. Le gazole reste, quant à lui, encore loin du sommet qu'il avait atteint le 30 mai 2008 à 1,4541 euro/litre.

Selon Alexandre Law, économiste chez Xerfi, la "portée psychologique" de la hausse des prix à la pompe "est très importante". "Il s’agit d’un des seuls biens dont le prix est affiché en grands caractères le long de toutes les routes de France. Il s’agit également d’achats récurrents, nombre de Français faisant le plein de carburant toutes les semaines", note-t-il.

Pour les mêmes raisons que le carburant, les tarifs du gaz naturel devraient eux aussi augmenter d'environ cinq pour cent au 1er avril, soit 45 euros en moyenne par foyer et par an. Qualifiée de "coup de massue injustifié" par l'association UFC Que Choisir, cette nouvelle augmentation va porter à 20% la hausse des tarifs en un an.

Quant aux tarifs de l'électricité, le ministre de l'Energie, Eric Besson, a jugé récemment que leur hausse était "inévitable".

La facture d'électricité des Français, qui est une des plus basses d'Europe, a augmenté de trois pour cent le 15 août 2010 et à nouveau de trois pour cent au 1er janvier 2011.

De nouvelles hausses de prix ont d'ores et déjà été annoncées pour assurer le développement des énergies renouvelables, en particulier l'énergie solaire, financées via une taxe sur l'électricité, la CSPE.

Dans un courrier à la Cour des Comptes, le patron d'EDF, Henri Proglio, a en outre évoqué des "hausses tarifaires" pour assurer la "pérennisation de l'outil industriel d'EDF".

Le groupe d'électricité réclame depuis des années des hausses de tarifs afin de financer l'allongement de la durée de vie de ses réacteurs nucléaires. En juillet 2009, l'ancien patron d'EDF, Pierre Gadonneix, avait plaidé pour une hausse de 20% des tarifs en trois ans.