La facture énergétique des Français va flamber

ÉNERGIE Avec le risque que le nombre de précaires énergétiques augmente lui aussi...

Thibaut Schepman

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Gazinière.
Gazinière. — F. MARIO/SIPA

Tensions dans le monde arabe, hausse de la consommation en Chine et dans les pays émergents et réforme de la distribution de l’électricité en Europe. Ces trois phénomènes, sans aucun lien a priori, devraient tous trois peser sur le budget énergie des ménages français et pénaliser les plus pauvres. Décryptage.

Raisons très différentes

L’or noir s’est renchéri de 14% depuis trois mois. Toute hausse du baril étant répercutée sur la facture à la pompe, les prix du carburant ont augmenté 5%. Le prix du gaz de ville est lui indexé sur les cours du pétrole, et des réévaluations sont réalisées tous les trois mois. La prochaine réévaluation devrait mener à une augmentation de 5%, portant à plus de 20% la hausse du gaz depuis le 1er avril 2010.  

Le prix de l’électricité devrait lui aussi repartir à la hausse, dès juillet prochain et de près de 5% par an jusqu’en 2015, mais pour des raisons bien différentes. Là c'est la réforme la réforme du marché de l’électricité qui devrait bien faire grimper les prix.

2,5 millions de personnes

«Toute hausse des prix a forcement un impact sur les budgets des Français, dans lesquels l’énergie va prendre une place de plus en plus importante», estime Franck Dimitropoulos, animateur du réseau Rappel (Réseau des Acteurs de la Pauvreté et de la Précarité Énergétique).

En 2006, date des derniers chiffres disponibles, plus de 3,4 millions de ménages consacraient déjà plus de 10% de leurs revenus pour se chauffer. Un taux de dépenses contraintes qui menace forcément d’autres postes, comme la santé ou l’éducation, et empêche d’investir pour isoler son logement et réduire ses dépenses d’énergie.

Les hausses qu’ont connues les prix de l’énergie devraient encore aggraver ce phénomène de «précarité énergétique». Impossible à court terme de mesurer l’ampleur du phénomène, mais les premiers signes se font sentir. Le nombre de coupures d’impayés sur le gaz a ainsi explosé depuis 2008, passant de 10.000 à 300.000, selon les premières estimations de Grdf. Même si cette tendance est aussi liée aux difficultés financières des ménages, nul doute que les hausses des prix ont joué. Le président du Rappel estime, lui, que 2,5 millions de ménages supplémentaires pourraient souffrir de précarité énergétique, pour une augmentation des prix de l'énergie de 20%. «C’est mécanique, totalement incontournable», prédit-il.