Moubarak est parti, mais l'Egypte n'est pas sortie d'affaire

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La rue égyptienne a réussi à venir à bout de la présidence réputée indestructible de Hosni Moubarak, mais le pays reste confronté à d'immenses défis, parmi lesquels redessiner le système politique et lutter contre une corruption et une pauvreté endémiques.

M. Moubarak, 82 ans, a démissionné vendredi après 18 jours d'une contestation populaire sans précédent, laissant le pouvoir à l'armée qui a promis des réformes politiques censées répondre aux aspirations des Egyptiens.

Dimanche, les militaires ont dissous le Parlement et ont annoncé qu'ils géreraient les affaires du pays pour six mois ou jusqu'aux prochaines élections.

Mardi, ils ont donné dix jours à une commission de juristes pour réviser la Constitution.

Mais ce processus de transition politique "va être long et compliqué", prévient Amr Hamzawy, directeur de recherche de la branche Moyen-Orient du centre de réflexion américain Carnegie à Beyrouth.

Selon l'analyste politique Amr al-Choubaki, l'une des difficultés sera de traduire politiquement les idées véhiculées par la révolte populaire anti-Moubarak.

"D'après moi, le défi sera d'arriver à matérialiser les idées de cette révolution dans la vie de tous les jours, et, pour la jeunesse, de faire émerger de nouvelles idées, de nouveaux partis politiques", estime-t-il.

En sus des réformes politiques, l'Egypte va devoir s'attaquer au problème de la corruption.

"La corruption est très répandue dans tous les secteurs" de l'économie égyptienne, avertit Omnia Hussien, responsable Egypte de l'ONG Transparency International.

"Le cadre juridique égyptien et l'application de la loi" présentent "des failles qui autorisent la corruption", explique-t-elle.

Or, la marge de manoeuvre des agences égyptiennes de lutte contre la corruption est limitée, selon elle.

"Leur mandat se limite à enquêter, ils n'ont pas le pouvoir ou l'autorité de faire bouger les choses", assure Mme Hussien. "Les médias et la société civile sont censés surveiller la corruption", mais ils travaillent dans "un environnement extrêmement restrictif", en particulier en terme d'accès à l'information, souligne l'experte.

Le procureur général égyptien a récemment reçu une vague de demandes d'enquêtes pour des faits de corruption, et leur volume seul constitue un obstacle.

Selon une source judiciaire, plusieurs ex-ministres et responsables égyptiens sont en passe d'être interrogés dans le cadre d'affaires de corruption, dont l'ancien ministre de l'Intérieur Habib al-Adli.

Autre défi de taille pour le pays, au lendemain de la révolte: l'économie égyptienne, paralysée par la révolte populaire et mise à mal par les récents mouvements sociaux menés pour demander des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail.

L'armée égyptienne a prévenu mardi que la poursuite des grèves, qui ont éclaté dans plusieurs secteurs-clés ces derniers jours, pourraient être "désastreuses" pour l'économie du pays, déjà en proie avant la révolte à une pauvreté endémique et à un sous-emploi persistant.

Quelque 40% de la population égyptienne vit autour du seuil de pauvreté.

Au pic de la révolte, l'économie égyptienne perdait au moins 310 millions de dollars par jour, selon une note récente du Crédit Agricole, qui a abaissé ses prévisions de croissance 2011 pour l'Egypte de 5,3% à 3,7%.