Inde: le Premier ministre défend bec et ongles un gouvernement ébranlé

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Le Premier ministre indien Manmohan Singh a riposté mercredi aux attaques visant son gouvernement après la révélation de plusieurs scandales retentissants ces derniers mois, en assurant vouloir réprimer la corruption mais en défendant aussi le bilan de son administration.

Coiffé de son éternel turban bleu, Singh, 78 ans, a été soumis à la question par des journalistes pugnaces lors d'un rare échange télévisé qui a pris des allures de premier bilan du gouvernement de centre-gauche après les élections générales de mai 2009. Les prochaines élections auront lieu en 2014.

"Je souhaite assurer devant vous et le pays entier que notre gouvernement est totalement engagé à faire poursuivre tous les coupables quelles que soient les positions qu'ils occupent", a-t-il déclaré en référence aux récents scandales de corruption.

Depuis cet automne, les nuages se sont accumulés sur la coalition dirigé par le parti du Congrès, présidé par Sonia Gandhi: l'organisation des Jeux du Commonwealth en octobre à New Delhi a été entachée de graves soupçons de corruption et un vaste scandale dans les télécoms a éclaté en novembre.

Le contrôleur et auditeur général indien a révélé un gigantesque scandale concernant la vente présumée frauduleuse de licences de téléphonie mobile de deuxième génération en 2008 qui aurait spolié le Trésor de jusqu'à 40 milliards de dollars.

Le ministre des Télécoms, A. Raja, a dû démissionner et il a été arrêté début février. Un magnat de l'immobilier, également vice-président de l'opérateur Etisalat DB Telecom India, a été arrêté dans la foulée.

"Je regrette que ces irrégularités se soient produites, elles n'auraient pas dû se produire", a reconnu M. Singh, dont l'image de "Monsieur Propre" a été pour la première fois écornée au cours de son éminente carrière.

Il a toutefois démenti avoir songé à démissionner: "Nous avons beaucoup de travail inachevé à accomplir. Je n'ai jamais pensé abandonner à la moitié du chemin", a assuré le Premier ministre, en fonction depuis 2004.

Outre les scandales, le gouvernement est aussi accusé de ne pas agir contre l'inflation galopante, tirée par l'envolée des prix des denrées alimentaires qui a atteint près de 20% en un an et affecte de plus en plus de ménages.

Selon un sondage publié dimanche dans The Times of India, plus de 85% des personnes interrogées accusent le parti du Congrès ou les gouvernements locaux d'être responsables de la hausse du coût de la vie.

"Depuis quelques mois l'inflation, et en particulier l'inflation alimentaire, est un problème. Nous voulons y répondre d'une façon qui ne perturbe pas le rythme de la croissance", a commenté Manmohan Singh.

Il a assuré que l'inflation devrait passer à 7% d'ici à la fin de l'année budgétaire, fin mars, contre 8,23% en janvier.

Considérant que l'"on ne devrait pas créer une situation où le pays perd le sens de la confiance en soi", il a énuméré les signes encourageants pour la troisième puissance économique d'Asie qui prévoit une croissance d'au moins 8,5% cette année.

Il a relevé que les dirigeants des cinq pays disposant d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU étaient venus en Inde l'an dernier. "Ce n'était jamais arrivé auparavant", a-t-il noté avec fierté.

Il a également souligné que le pays était "mieux préparé" au risque de terrorisme, après les attentats de Bombay en 2008, et qu'au Cachemire, secouée par une vague de violences meurtrières l'été dernier, la situation était désormais sous contrôle.

"Je pense que le gouvernement mérite (de se voir attribuer) du crédit", a-t-il conclu.