La France devrait avoir connu une reprise modérée en 2010, doutes sur 2011

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En dévoilant mardi les chiffres de la croissance en France à la fin de l'an dernier, l'Insee donnera une bonne indication de la vigueur de la reprise, qui après une année 2010 sans doute conforme aux attentes devrait peiner à passer à la vitesse supérieure.

Selon les économistes interrogés par l'AFP, l'Institut national de la statistique et des études économiques devrait annoncer que la croissance a atteint en 2010 environ 1,5%, après la récession historique de -2,5% en 2009.

C'est bien moins que l'Allemagne, dont l'économie, plus durement touchée par la crise, a rebondi de 3,6% l'an dernier - un chiffre jamais vu depuis la réunification du pays.

Après avoir tablé en fin d'année sur "un gros 1,6%" de croissance pour la France, la ministre de l'Economie Christine Lagarde s'était montrée un peu moins optimiste mi-janvier, revenant à la prévision officielle d'au moins 1,5%.

L'Insee a en effet révisé à la baisse, fin décembre, les chiffres des deuxième et troisième trimestres.

Après une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 0,2% au premier trimestre, de 0,6% au deuxième et de 0,3% au troisième, l'Insee table sur une augmentation de 0,5% au dernier trimestre.

Les prévisions des économistes varient entre 0,2% et 0,6% pour ce trimestre.

"On peut s'attendre à des surprises", prévient toutefois Frédérique Cerisier, de BNP Paribas. "Les dernières enquêtes étaient globalement bonnes mais l'activité a pu être perturbée en fin d'année par les grèves et le mauvais temps", souligne-t-elle.

La production industrielle a rebondi l'an dernier, sans toutefois retrouver son niveau d'avant la crise.

La consommation des ménages a aussi accéléré en fin d'année. Mais ce rebond s'explique par la fin programmée de la prime à la casse au 1er janvier, qui a dopé les achats d'automobiles.

"En 2011, on ne voit pas trop d'où pourrait venir l'étincelle", estime Alexander Law, économiste chez Xerfi. "On vient de débrancher toutes les perfusions qui avaient soutenu la consommation en 2010", souligne-t-il.

Les mesures de relance instaurées face à la crise ont en effet pris fin.

"A l'inverse, il faut s'attendre à de nouvelles mesures d'austérité qui vont peser sur la consommation et le pouvoir d'achat des ménages", affirme M. Law.

Le gouvernement s'est engagé coûte que coûte à ramener son déficit public de 7,7% du PIB ou un peu moins en 2010, à 6% cette année et 4,6% en 2012. Il a déjà commencé à préparer les esprits à une rigueur accrue avec un nouvel effort annoncé de réduction des niches fiscales.

"La hausse des prix va aussi amputer le pouvoir d'achat des ménages", sur fond de marché du travail toujours fébrile, prévient Michel Martinez, chef économiste à Société Générale CIB.

En 2010, les chiffres de l'emploi sont "décevants", juge Alexander Law: en termes nets, un peu moins de 110.000 postes ont été créés dans le secteur marchand après une baisse de 333.000 en 2009. "Tant que l'emploi sera aussi fragile, on ne pourra pas affirmer que l’économie française est tirée d’affaire", explique l'économiste.

Dans ce contexte, la prévision du gouvernement d'une croissance de 2% est jugée trop optimiste par la plupart des économistes et des instituts de conjoncture - le Fonds monétaire international table sur seulement 1,6%.

L'Insee estime de son côté que la croissance devrait se poursuivre, mais à un rythme modéré.

"Une grosse incertitude persiste notamment sur le niveau d'investissement des entreprises", relève M. Martinez. Durement touchées par la crise, celles-ci n'ont en effet par encore reconstitué leurs marges.