«Nous luttons contre l'usure, qui prend aujourd'hui la forme du crédit revolving»

INTERVIEW Bernard Candiard, directeur général du Crédit Municipal de Paris, l'ancien Mont de Piété....

Propos reccueillis par Thibaut Schepman
— 
Bernard Candiard, dans son bureau du Crédit municipal de Paris, le 11 février 2011
Bernard Candiard, dans son bureau du Crédit municipal de Paris, le 11 février 2011 — DR

Vendredi matin, la salle d’attente du Crédit municipal de Paris était pleine. Depuis le début de la crise français sont toujours plus nombreux à déposer des objets de valeurs contre des prêts aux guichets de cet établissement vieux de plus de 250 ans. Bernard Candiard, directeur général du Crédit Municipal, revient sur l’activité de son établissement pour 20minutes.fr.  

Quelle conséquence a eu la crise économique sur la fréquentation de votre établissement?

Dès le mois d’avril 2008, le nombre de clients a augmenté de 30%. La hausse de fréquentation a été impressionnante et brutale.  Mais je tiens à préciser que c’est dû à l’augmentation des prix beaucoup plus qu’à la crise boursière. Nos clients ne sont pas des boursicoteurs qui ont perdu leur capital mais des Français qui vivent une passe difficile. Ils connaissent par exemple une baisse d’activité passagère, ou ont du mal à faire face au coût de la vie. La crise a aussi eu un impact sur les délais de remboursement. Les clients récupéraient en moyenne leur objet onze mois après leur dépôt, contre seize mois aujourd’hui.

>> Les témoignages des clients du Mont de Piété, à lire sur 20minutes.fr...

Quels types d’objets sont déposés chez vous?

Les bijoux et montres représentent 90% des biens gagés. L’échelle des prix est très grande, entre 30 et 190.000 euros. Les dépôts sont en général assez importants, près de 1.300 euros par client.

Le Mont de Piété a été crée il y a deux siècles et demi pour lutter contre l’usure. Avez-vous aujourd’hui encore le sentiment d’être la dernière chance d’accès au crédit pour les Français modestes? A quel taux prêtez-vous?

Oui, nous luttons contre l’usure, qui prend aujourd’hui la forme du crédit revolving à des taux atteignant 21%. Nous, nous prêtons à un taux de 4% d’intérêt pour les biens de moins de 150 euros, et jusqu’à 10% pour les objets de grande valeur. Certes, le XVIe arrondissement est le plus représenté dans notre clientèle mais nous comptons beaucoup de clients de Seine-Saint-Denis. Et nous sommes très heureux de voir que plus de neuf clients sur dix parviennent à rembourser leur prêt, ce qui n’a pas chuté depuis la crise. Enfin, nous nous sommes lancés depuis deux ans dans le microcrédit personnel pour les personnes n’ayant pas accès au crédit dans les banques, et n’ayant pas non plus de bien à gager. Les retours sont très bons puisque seuls huit de nos mille clients ont fait défaut.