Ruée au Mont de Piété, où l'on gage ses bijoux contre des billets

REPORTAGE Avec la crise, de plus en plus de Français ont recours au prêt sur gage...

Thibaut Schepman
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 Expertise  d'une bague avec un diamant solitaire. Avec 30 % de hausse d'activite  depuis janvier, le Credit Municipal de Paris, etabissement public,  municipal et social, cree en 1777, accueille environ 500 personnes par  jour, a la recherche de prets sur gage. 10 % des francais n'ayant pas  acces aux prets bancaires, ils peuvent, contre des biens deposes en gage  (80% de bijoux), se faire preter de l'argent. Au bout d'un an, les 7%  de biens non recuperes, sont vendus aux encheres.  Paris, FRANCE -  14/10/2008
 Expertise d'une bague avec un diamant solitaire. Avec 30 % de hausse d'activite depuis janvier, le Credit Municipal de Paris, etabissement public, municipal et social, cree en 1777, accueille environ 500 personnes par jour, a la recherche de prets sur gage. 10 % des francais n'ayant pas acces aux prets bancaires, ils peuvent, contre des biens deposes en gage (80% de bijoux), se faire preter de l'argent. Au bout d'un an, les 7% de biens non recuperes, sont vendus aux encheres. Paris, FRANCE - 14/10/2008 — Crédit : DURAND FLORENCE/SIPA

Deux tableaux précieusement emballés, un bronze, mais surtout des bijoux et des montres. Les clients qui font la queue au guichet d’entrée du Crédit municipal de Paris (ex Mont de Piété) vendredi matin tiennent dans les mains des d’objets des plus divers. Après avoir justifié de leur identité, tous déposent leur bien pour qu’il soit estimé et gagé contre un prêt d’argent. Plus de cinq cent personnes passent là chaque jour.

Dans la première salle de cet hôtel particulier du quatrième arrondissement de Paris, Nathalie et Patrick, la cinquantaine, patientent pendant que leurs objets –deux bracelets et une bague en or hérités de l’arrière grand-mère de Madame- passent aux mains d’un commissaire priseur. Lui est informaticien, elle secrétaire. Ils ont besoin d’une «somme assez importante» pour régler plusieurs impayés. Tous deux reconnaissent «une petite appréhension». Et si ces bijoux de familles étaient en fait des faux?

«Petite trahison»

Comme eux, entre 50 et 100 clients patientent dans cette salle, les yeux rivés sur les écrans, en attendant que l’un des vingt guichetiers appelle leur nom. Claudine attend son tour les écouteurs enfoncés dans les oreilles. La quinquagénaire doit céder la broche que ses parents lui ont offerte pour ses vingt ans. Elle attend sous peu «une grosse rentrée d’argent» pour la vente du magasin dont elle est la gérante, et devrait donc rapidement récupérer son bijou. Mais cela ne l’empêche d’avoir le sentiment de faire «une petite trahison» en cédant ce cadeau.

>> «Nous luttons contre l’usure, qui prend aujourd’hui la forme du crédit revolving» L'interview de Bernard Candiard, le directeur général du Crédit Municipal à lire sur 20minutes.fr...

Quand elle est venue déposer ses bijoux, il y a un an jour pour jour, Sabrina se souvient elle aussi de s’être senti «un peu honteuse». «Ma fille aime jouer mes boucles d’oreilles en or. Comment aurait-je pu lui expliquer si elle m’avait demandé pourquoi elles n’étaient plus dans leur coffre»? Aujourd’hui ses affaires de styliste modéliste ont bien repris, après une forte baisse au plus fort de la crise. Elle patiente non loin des guichets du fond de la salle, ceux où l’on récupère ses biens en remboursant son prêt. Elle avait gagé ses bijoux en or contre 1150 euros, et récupère aujourd’hui cette somme moins 113 euros d’intérêts ainsi que 30 euros de «droits de garde». Sabrina se réjouit d’avoir choisi cette «solution de la dernière chance», et envisage même «d’économiser pour acheter de nouveaux bijoux».

«La montre offerte pour mes 18 ans»

Le signal d’appel retentit et un couple est appelé au guichet numéro 8. C’est Nathalie et Patrick: leur bien a été estimé à 1.800 euros. «Nous sommes soulagés, c’est largement suffisant. Ca va nous permettre de souffler», assure-t-elle, tout sourire, en se dirigeant vers la sortie.

Là, un couple discute devant la porte. François, 57 ans, passe une montre à bracelet noir à son poignet. «C’est une Van Cleef, celle que m’a offert mon père pour mes 18 ans», sourit-il. Un an et demi plus tôt, il l’a déposée pour «un besoin de liquidités», parce qu’il ne parvenait pas à vendre l’appartement familial. Pour lui, récupérer le bijoux signifie que «la période de difficulté est terminée», se réjouit-il en quittant les lieux. Comme lui, plus de neuf clients sur dix parviennent à rembourser leur prêt et à récupérer leur bien. Dans le cas contraire, ceux-ci sont vendus aux enchères, dans l'hôtel des ventes du bâtiment annexe, les bénéfices revenant à l’ancien propriétaire.