Le président de L'Oréal, Lindsay Owen-Jones, passe la main

ECONOMIE Un départ qui pourrait annoncer d'autres changements...

© 2011 AFP
— 
Le siege social de L'Oréal à Clichy, dans les Hauts-de-Seine, en région parisienne. 
 
Le siege social de L'Oréal à Clichy, dans les Hauts-de-Seine, en région parisienne.   — CHAUVEAU NICOLAS/SIPA

L'Oréal devrait officialiser jeudi le passage de témoin entre son emblématique président Lindsay Owen-Jones, symbole de la «success story» du groupe depuis 22 ans, et son «dauphin», l'actuel directeur général, Jean-Paul Agon. Une décision qui marque la fin d'une époque pour l’entreprise. 

Transition en douceur

Lindsay Owen-Jones devrait abandonner les rênes du géant des cosmétiques le 17 mars prochain, jour de ses 65 ans. De dix ans son cadet, Jean-Paul Agon deviendra alors le cinquième PDG seulement du groupe fondé en 1909.

«Ce n'est quand même pas une surprise: c'est quelque chose qui était préparé, qui a été annoncé. C'est très typique de L'Oréal, ces transitions en douceur», relève Béatrice Collin, professeur à l'ESCP Europe et coauteur d'un livre intitulé «Le modèle L'Oréal».

De fait, Lindsay Owen-Jones, PDG du groupe de 1988 à 2006 - quand Jean-Paul Agon lui succède comme directeur général - avait dans un premier temps laissé entendre qu'il n'effectuerait qu'un mandat comme président du conseil d'administration du groupe. Mais celui-ci avait été renouvelé en avril 2010, théoriquement pour quatre ans.

Affaires Bettencourt

Un an plus tard, la donne a changé. Ballotté par la crise en 2009, le groupe devrait présenter jeudi des résultats confirmant son net regain de forme. Et, surtout, la querelle entre l'héritière et première actionnaire du groupe Liliane Bettencourt et sa fille Françoise a pris fin.

Evoquant l'affaire Bettencourt, Béatrice Collin estime que «Lindsay Owen-Jones est resté pour affronter la tempête et être une sorte de gardien du temple dans cette période de grande instabilité».

«La réconciliation entre Liliane Bettencourt et sa fille (...) ainsi que la montée en puissance de Jean-Paul Agon au sein du groupe, sans parler de l'affaiblissement de la position de Lindsay Owen-Jones suite à la signature du contrat de François-Marie Banier justifient pleinement, selon nous, cette décision», relèvent de leur côté les analystes d'Aurel BGC.

«Gardien du temple»

S'il a servi de «gardien du temple» au coeur de l'affaire Bettencourt, Lindsay Owen-Jones n'en est pas ressorti totalement indemne.

Outre les contrats passés avec François-Marie Banier, un photographe proche de l'héritière de L'Oréal au coeur du conflit qui l'a opposée à sa fille, l'affaire a également entraîné la révélation d'un don de 100 millions d'euros de Liliane Bettencourt à Lindsay Owen-Jones.

Ce don et ces contrats passés avec François-Marie Banier - prestement dénoncés par le groupe au coeur de l'affaire - auraient, selon des informations de presse, fortement déplu aux représentants de Nestlé, deuxième actionnaire du groupe.

Tournant

Le départ de Lindsay Owen-Jones – «OJ» pour les intimes - marque un tournant dans l'histoire de L'Oréal. Pendant plus de 20 ans, il a incarné le groupe, peut-être autant que les innombrables stars icônes de ce dernier.

Perfectionniste, bourreau de travail, capable de colères homériques, il restera dans le milieu des affaires le patron capable de maintenir pendant plus de 20 années consécutives une croissance à deux chiffres du bénéfice net du groupe.

Son départ est d'autant plus symbolique qu'il pourrait précéder celui de Liliane Bettencourt, dont il a toujours été très proche, du conseil d'administration du groupe. Cette hypothèse est accréditée par l'entrée des petits-enfants de Liliane Bettencourt au sein de la holding contrôlant les parts familiales du groupe.

«Il y a un changement de génération à la fois au niveau de la direction de l'entreprise et au niveau de l'actionnariat. L'Oréal rentre dans une nouvelle phase de son histoire», conclut Béatrice Collin. A charge pour Jean-Paul Agon, lui aussi un pur produit de la maison où il a fait toutes ses gammes depuis sa sortie de HEC en 1978, de reprendre le flambeau.