Pourquoi la crise en Egypte fait flamber le prix du pétrole

ENERGIE Les marchés craignent la fermeture du canal de Suez et l'effet domino dans la région...

Elsa Meyer

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Des Egyptiens regardent un tanker transiter par le canal de Suez en 2008.
Des Egyptiens regardent un tanker transiter par le canal de Suez en 2008. — STR/AP/SIPA

Des milliers de personnes se sont rassemblées ce mardi au Caire pour manifester une nouvelle fois contre le régime d’Hosni Moubarak. Mais dès qu’un Egyptien descend dans la rue en ce moment ce sont les cours du pétrole qui grimpent.

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Le baril a franchi lundi le seuil fatidique des 100 dollars, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis deux ans.

1,6 million de barils

Une hausse paradoxale car l’Egypte n’est pas un producteur important. Via le canal de Suez, elle représente cependant un point de passage stratégique pour l’acheminement de l’or noir.

Tous les jours, plus d’1,5 million de barils transitent par le canal. Ce dernier est doublé de l'oléoduc Suez-Méditerranée (Sumed) qui convoie également chaque jour un million de barils de brut.

Détour de 10.000 km

Depuis le début des manifestations il y a une semaine, les activités portuaires de la ville de Suez sont très perturbées. Plusieurs marchandises ne peuvent être déchargées et les navires ont du mal à trouver des escortes militaires pour les accompagner dans le golf d’Aden infesté de pirates.

«Les marchés craignent que ces troubles ne mettent à mal les livraisons du pétrole du Moyen-Orient vers l’Europe et les Etats-Unis. Si le canal fonctionnait mal ou fermait, les supertankers devraient faire un détour de 10.000 kilomètres par l’Afrique du sud. Une réorganisation du transport qui induirait des délais et des coûts supplémentaires et donc une hausse des cours», analyse pour 20minutes.fr Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l’IFP Energies nouvelles.

1,6 million de barils par jour

Mais les investisseurs redoutent également l’effet domino dans la région. «Les marchés fixent le prix du pétrole en fonction des anticipations  à moyen terme. Ils ont donc intégré la possibilité que la crise politique se propage à des pays voisins de la Tunisie et de l’Egypte, comme l’Algérie ou la Libye. Cet élément géopolitique joue beaucoup», explique-t-il.

Car l’Algérie, l’Egypte et la Libye produisent à eux trois plus de 4 millions de barils par jour. Un chiffre qui correspond environ aux capacités de pétrole non utilisées de l'Organisation de pays exportateurs de pétrole (Opep) qui peuvent être mobilisées directement en cas de crise.

«Pour l’instant aucun risque de pénurie n’est à prévoir. Mais si la production de ces trois pays était affectée, l’Opep ne disposerait plus de marges de manœuvre. Cela créerait une pression sur l’offre et donc sur les prix», précise Guy Maisonnier.