La chute du PIB conforte la Banque d'Angleterre sur son gel des taux

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La contraction surprise de l'économie britannique, qui fait craindre un retour du Royaume-Uni en récession, devrait pousser la Banque d'Angleterre à prolonger le gel à 0,5% de son taux directeur, malgré le dérapage inquiétant des prix qui accentue les divisions en son sein.

Si le comité de politique monétaire (CPM) de la Banque d'Angleterre (BoE) a de nouveau choisi le statu-quo en janvier, des voix dissonantes se font de plus en plus fortes au sein de l'institution monétaire, reflétant les signaux et les opinions contradictoires sur l'état de l'économie britannique.

Comme l'ont montré les minutes de cette réunion publiées mercredi, Andrew Sentance, membre du comité qui militait depuis des mois pour un relèvement du taux directeur, n'est désormais plus le seul à prêcher en faveur d'un tel durcissement.

Un deuxième membre a rejoint sa croisade contre la hausse des prix, qui a atteint 3,7% sur un an au Royaume-Uni en décembre, en votant en faveur d'un relèvement du taux directeur à 0,75%.

Les sept autres membres du comité, dont le gouverneur de la banque Mervyn King, sont restés favorables à un maintien à 0,5%. Et, pour le quatrième mois consécutif, l'un d'eux, Adam Posen, s'est prononcé pour une relance du programme de rachats d'actifs adopté par la Banque durant la crise, afin de donner un nouveau coup de pouce à la croissance.

La majorité du comité continue donc de privilégier le soutien à l'économie au combat contre la hausse des prix, qu'elle juge passagère et liée à des facteurs externes sur lesquelles les taux d'intérêt n'ont guère de prise, comme la flambée des prix pétroliers.

De l'avis général, l'annonce surprise mardi que le Produit intérieur brut (PIB) britannique avait baissé de 0,5% au dernier trimestre 2010, qui a fait l'effet d'un électrochoc en Grande-Bretagne, a renforcé leur position.

Ce repli a relancé les craintes d'un nouveau plongeon du Royaume-Uni dans la récession, l'activité économique étant par ailleurs menacée par le plan d'austérité drastique du gouvernement. Ce qui justifie, de l'avis de la majorité du CPM, le maintien d'une politique monétaire accommodante.

M. King a résumé ce débat lors d'un discours mardi soir à Newcastle (nord-est), en défendant avec force le maintien des taux d'intérêt au plus bas.

Il a certes admis que les salariés britanniques subissaient la pire baisse de leur niveau de vie depuis les années 1920, en partie en raison de l'inflation, dont il reconnu qu'elle risquait de monter encore dans les mois qui viennent.

Mais, rejetant les critiques montantes sur l'immobilisme de la Banque d'Angleterre, il a réaffirmé que les partisans d'un relèvement des taux pour enrayer la hausse des prix étaient dans l'erreur.

"Si le CPM avait relevé ses taux, l'inflation aurait peut-être diminué, mais uniquement parce que cela aurait ralenti la reprise économique, fait monter le chômage et freiné la hausse des salaires", et "la baisse du niveau de vie aurait été encore plus élevée", a-t-il expliqué.

M. King a cependant affirmé que le débat n'était pas figé, en soulignant que la BoE donnerait de nouvelles indications sur ses intentions dans son prochain rapport trimestriel sur l'inflation, prévu à la mi-février.

Philip Shaw, économiste d'Investec, ne croit pas en tout cas à un relèvement des taux d'intérêt avant la fin de l'année, jugeant que le comité ne changera pas d'avis "tant que les indicateurs officiels ne reflèteront pas une expansion de l'économie".