Renault s'attaque aux services du contre-espionnage

AUTOMOBILE L'avocat du groupe les accuse de divulguer des informations...

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Le président de Renault, Carlos Ghosn, le 30 avril 2010. Il a gagné 9,2 millions d'euros en 2009.
Le président de Renault, Carlos Ghosn, le 30 avril 2010. Il a gagné 9,2 millions d'euros en 2009. — G.Fuentes/REUTERS

Renault ne s’en prend pas qu’aux espions mais aussi à ceux qui les combattent. Dans l’affaire d’espionnage industriel qui secoue le groupe début début janvier, des perquisitions ont été menées ces derniers jours selon des sources proches du dossier.

Mais l’avocat du constructeur a accusé les services de contre-espionnage de la DCRI de transmettre des informations confidentielles la presse.

Perquisitions

Ces perquisitions ont été menées discrètement, dans le cadre de l'affaire d'espionnage industriel rendue publique début janvier.

Les ordinateurs des trois cadres soupçonnés par Renault d'avoir fourni des informations à l'étranger ont été saisis, selon ces sources.

L'opération a été menée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) sous l'égide du parquet de Paris, en dehors des heures de bureau, sur le site de Renault Guyancourt en banlieue parisienne, selon le site internet du journal Le Parisien qui a révélé l'information.

Selon le site, ces perquisitions ont eu lieu mardi soir, mais une source contactée par l'AFP affirme qu'elles n'ont pas été menées «ces derniers jours».

Accusations

De son côté, l'avocat du constructeur automobile Jean Reinhart a immédiatement accusé la DCRI de fournir à des médias des «éléments d'information» qui «portent préjudice d'une façon générale à l'image de Renault», dans un entretien diffusé mercredi matin sur France Info.

«Renault ne sera pas un nouveau Bettencourt», a-t-il lancé, en référence à l'affaire familiale qui a secoué le fabricant de cosmétiques L'Oréal. «En aucun cas nous ne pouvons subir ce flot continu d'informations et de désinformations dont on se demande à qui ça peut profiter», a prévenu Me Reinhart.

«On constate qu'à l'évidence la DCRI est dans une position d'apporter sur la place publique des éléments qui portent préjudice à la qualité de l'enquête et au sérieux de ce qui a été fait par Renault depuis le début», a estimé l'avocat. «A l'évidence, ça ne peut venir que des services de la DCRI».

Informations aux médias

«La DCRI a en main un certain nombre d'éléments et donne à un certain nombre de médias des éléments d'information qui sont parcellaires, qui sont inutiles, qui sont grossiers et qui portent préjudice d'une façon générale à l'image de Renault», a-t-il souligné.

Interrogé sur le fait de savoir si la DCRI agissait ainsi pour manifester un «mécontentement» après avoir été tenue à l'écart du dossier au début de l'affaire, l'avocat de Renault a répondu: «A l'évidence, c'est une hypothèse».

«La DCRI a fait savoir d'ailleurs aux personnes qui ont été auditionnées que, bien sûr, les choses auraient été extrêmement différentes si (...) la DCRI avait été saisie dès le mois d'octobre, ou novembre ou (...) décembre 2010», a affirmé l'avocat.

Espionnage industriel

Selon une source proche du dossier interrogée par l'AFP, la DCRI ne dispose d'aucun des éléments des investigations menées par des enquêteurs privés commandités par Renault, et n'a pas procédé à l'audition des trois cadres concernés.

L'affaire a éclaté en janvier lorsque trois cadres de Renault ont été mis à pied puis licenciés, à la suite d'une enquête interne suivant l'envoi d'une lettre anonyme. Renault les soupçonne d'avoir diffusé des informations sensibles concernant la stratégie du groupe dans la voiture électrique, un enjeu économique colossal.

L'affaire a conduit au dépôt le 13 janvier d'une plainte contre X «pour des faits constitutifs d'espionnage industriel, de corruption, d'abus de confiance, de vol et recel, commis en bande organisée».

Les trois cadres concernés, Mathieu Tennenbaum, Michel Balthazard et Bertrand Rochette, nient en bloc et ont décidé de déposé plainte pour «dénonciation calomnieuse» ou «diffamation non publique».