Portugal: après la victoire de Cavaco Silva, Socrates condamné à réussir

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La réélection du conservateur Anibal Cavaco Silva à la présidence du Portugal accentue la pression sur le Premier ministre socialiste José Socrates, dont la survie politique dépend désormais de sa capacité à régler la crise budgétaire sans aide extérieure, estiment les analystes.

Discret, voire effacé pendant son premier mandat, M. Cavaco Silva, un économiste de 71 ans qui fut Premier ministre pendant 10 ans, a promis dimanche soir d'"exercer une présidence active", fort de sa victoire au premier tour avec 52,9% des voix.

Et il a prévenu qu'il serait "très exigeant" envers le gouvernement socialiste minoritaire, qui s'est engagé à sortir seul de la crise, refusant de faire appel à l'aide extérieure malgré les pressions des marchés et de certains de ses partenaires européens.

Plombé par sa lourde dette publique (plus de 82% du PIB en 2010) et menacé de récession en 2011, le Portugal paie depuis des mois des intérêts insoutenables à long terme pour pouvoir emprunter sur les marchés et, après la Grèce et l'Irlande, est considéré comme le prochain pays de la zone euro susceptible de recourir à un plan de sauvetage.

Après plusieurs mois d'atermoiements, M. Socrates s'est résolu à mettre en oeuvre depuis janvier, avec l'aval du Parti social-démocrate (PSD) de M. Cavaco Silva, un très sévère programme d'austérité, cumulant baisse de salaires du secteur public, hausse d'impôts et réduction des aides sociales.

D'ici la fin de l'année, son gouvernement s'est engagé à économiser 5 milliards d'euros, pour ramener le déficit de 7,3% à 4,6% du PIB, avant de revenir en 2012 sous la limite des 3% imposée par le pacte de stabilité européen.

"La qualité de l'exécution budgétaire sera essentielle et va conditionner l'action du président, estime André Macedo, commentateur politique sur la télévision publique RTP. Si Cavaco voit que ça ne se passe pas bien, il aura la légitimité pour affronter le gouvernement".

Privé de pouvoir exécutif, le chef de l'Etat disposera toutefois du droit de dissoudre le parlement à partir de son entrée en fonction le 9 mars.

Même s'il a assuré pendant la campagne n'avoir "pas d'appétence pour cette +bombe atomique+", M. Cavaco Silva a averti dimanche soir qu'il n'entendait "abdiquer d'aucun des pouvoirs que lui confère la Constitution", dans une mise en garde à peine voilée au gouvernement socialiste.

Pour Antonio Costa, directeur du Diario Economico, "la stabilité politique au cours des douze prochains mois dépendra de deux conditions indispensables: José Socrates va devoir réussir la difficile réduction du déficit public et garantir que le Portugal ne recourra pas au FMI".

M. Cavaco Silva a déjà averti qu'il considérait le recours à un plan de sauvetage de l'Union européenne ou du Fonds monétaire international comme un "échec du gouvernement", et la droite a prévenu que, le cas échéant, elle exigerait la démission de l'exécutif socialiste.

"L'impact d'une éventuelle dégradation de la situation financière du Portugal sera un facteur crucial pour l'avenir", insiste également le politologue Antonio Costa Pinto. Mais, estime-t-il, même en cas de recours à l'aide extérieure, "le président ne dissolvera le parlement que s'il est convaincu que la droite a une majorité stable".

Selon deux sondages des instituts Eurosondagem et Intercampus réalisés à la veille de la présidentielle et rendus publics lundi, le Parti social-démocrate de M. Cavaco Silva remporterait actuellement des législatives anticipées, mais la gauche (socialiste et antilibérale) conserverait sa majorité au parlement.