Zone Euro: le mécanisme anti-crise en discussion à Bruxelles

ÉCONOMIE es ministres des Finances sont réunis lundi et mardi...

Thibaut Schepman

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Les drapeaux européens flottent devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 11 août 2010.
Les drapeaux européens flottent devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 11 août 2010. — BAUMGARTEN/VARIO IMAGES/SIPA

Alors que l’étau se desserre un peu sur la dette des pays européens, les ministres des Finances se réunissent lundi et mardi à Bruxelles. Ils entament les négociations, devant aboutir en mars, sur leurs mécanismes d’anticipation et de gestion des crises. Une question divise principalement les européens: Faut-il ou non renforcer le Fonds européen de stabilité financière (FESF), celui qui a permis de sauver l’Irlande.

C’est quoi ce fonds?

Le FESF, a été créé en mai dernier, suite à la crise grecque. Il dispose de 440 milliards d'euros de capacité théorique, disponibles afin de réagir rapidement pour soutenir un Etat. Mais ce fonds a deux problèmes: après le plan d’aide à l’Irlande, sa capacité effective de prêt est désormais limitée à environ 250 milliards. Aux yeux de nombreux dirigeants, c’est trop peu.

Ensuite, il n’a cours que jusqu’en 2013. En décembre dernier, les ministres ont donc affiché leur volonté commune de trouver un remplaçant à ce fonds. Reste à définir les modalités exactes de ce «mécanisme permanent de sauvetage de la zone euro».

Qui devrait payer pour le renforcer?

Deux mesures principales sont en débats. «Ils ont le choix de renforcer le fonds, pour avoir plus de capital, mais dans ce cas ce sont les contribuables européens qui devraient assumer la totalité du coût. Les ministres peuvent aussi choisir de restructurer la dette*, pour permettre aux Etats de souffler. Mais dans ce cas, ce sont les investisseurs qui pairaient, avec le risque de jeter de nouveau le trouble sur les marchés financiers», analyse Christophe Destais, directeur Adjoint du CEPII (Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales). L’économiste assure qu’un «package» mélangeant les deux solutions est nécessaire. Le tout étant de trouver le juste milieu. 

Quand faut-il agir?

Certains, dont le président de la Commission européenne José Manuel Barosso, souhaiteraient une augmentation immédiate du FESF. Le ministre belge des Finances Didier Reynders s'est même prononcé en faveur d'un montant des ressources totales disponibles à 1.500 milliards d'euros, dans un entretien à l'AFP. 

Sauf que l’Allemagne ne veut pas entendre parler d’un renforcement avant 2013. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a même appelé lundi les dirigeants européens à cesser le débat sur le renforcement de la capacité du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Il fait valoir que le fonds est pour l’instant suffisant et souhaite plutôt voir les Etats s’attaquer à leurs dettes respectives.

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Tout dépend donc de l’appréciation de l’urgence ou non du problème. «Il peut paraître très étonnant de voir les ministres européens discuter d’un plan qui serait mis en place en 2013, alors que nous allons avoir besoin d’outil de secours bien avant», estime pour sa part Christophe Destais. «La crise est aujourd’hui, et nous discutons d’outils pour demain», ajoute-t-il. Sur Europe 1, lundi matin, la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, a souhaité qu'un «brouillon quasi-définitif» du futur mécanisme de stabilité soit rendu aux chefs d'Etat et de gouvernement en mars. Mais elle n’a pas précisé quand les mesures prendraient effet. 

*Restructurer la dette: Lorsqu’un Etat est trop endetté, il peut négocier une «restructuration de sa dette». Ses créanciers doivent accepter de diminuer et de retarder les montants à rembourser, afin de lui laisser le temps de redresser la situation et d’éviter d’empirer la situation, voire de conduire l’Etat à la faillite.