Espionnage chez Renault: Les questions qui restent en suspens

AUTOMOBILE Beaucoup de mystères entourent l'affaire...

Thibaut Schepman

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Renault a proposé mardi des départs anticipés à la retraite pour pénibilité à 3.000 salariés sur trois ans, un dispositif réclamé par les syndicats, mais qu'ils interprètent comme un dégraissage alors que la direction n'a pas encore annoncé d'embauches en parallèle.
Renault a proposé mardi des départs anticipés à la retraite pour pénibilité à 3.000 salariés sur trois ans, un dispositif réclamé par les syndicats, mais qu'ils interprètent comme un dégraissage alors que la direction n'a pas encore annoncé d'embauches en parallèle. — Kenzo Tribouillard afp.com

Renault  a déposé jeudi une plainte pour «espionnage industriel en bande organisée», dont aurait bénéficié une «société privée étrangère». C’est désormais à la justice de tirer au clair cette affaire, dans laquelle demeurent de nombreuses zones d’ombre.

Une plainte contre X, pas contre les employés mis à pied

Le constructeur automobile a finalement porté plainte contre X, jeudi. «La plainte vise des faits de vol en bande organisée, d'abus de confiance aggravé et des faits de fourniture d'éléments intéressant le secret économique français», a déclaré le procureur de Paris Jean-Claude Marin. La plainte ne vise donc pas les trois cadres mis à pied et soupçonnés d'avoir livré des informations sur son programme de véhicules électriques.

«Quand vous déposez contre X, vous dites voilà ce que j'ai pu éventuellement identifier», a justifié  l'avocat de Renault, Jean Reinhart. «Mais vous dites il y a peut-être d'autres personnes à découvrir, et je vous invite dans le cadre de votre enquête à le découvrir». De leur côté, les personnes visées contestent catégoriquement toute malversation et assurent qu'on ne leur a pas expliqué précisément ce qui leur était reproché. Ce qui explique peut-être la prudence du constructeur.

Aucune précision sur les «secrets» espionnés

Dans sa plainte, Renault ne précise pas non plus quels actifs ont été victimes des fuites ni à qui celles-ci auraient pu bénéficier. Selon le Figaro, une enquête menée par une société de renseignement privée aurait permis de mettre au jour une tentative d'espionnage visant le programme électrique, un pari technologique où Renault a investi avec son partenaire Nissan quatre milliards d'euros. Mais Patrick Pélata a assuré que si des informations sur l'architecture, les coûts et le modèle économique du programme électrique avaient effectivement pu filtrer en dehors de l'entreprise, aucune «pépite technologique» n'avait pu fuiter. Mystère, donc, sur la nature exacte des secrets espionnés.

Des doutes sur la piste chinoise

Le procureur a cité «une puissance étrangère» qui serait à l’origine de l’espionnage, mais a refusé de confirmer la piste chinoise régulièrement évoquée depuis la révélation de l’affaire. L'avocat de Renault, Jean Reinhart, a répondu à Reuters: «Je peux vous dire qu'il y a beaucoup de nationalités qui ont traversé ce dossier», précisant simplement que «ce n'est pas un pays qui est visé, ce sont des entreprises en tout état de cause».  Le week-end dernier, Patrick Pélata, numéro deux de Renault, avait déclaré que le constructeur était victime d'une «filière internationale organisée».