Eric Verhaeghe: «Le monde patronal défend ses intérêts, au risque de mener à une nouvelle crise économique»

PATRONAT Eric Verhaeghe, en désaccord avec le Medef, explique pourquoi il quitte ses fonctions de directeur de l’Apec...

Thibaut Schepman

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Eric Verhaeghe, ancien directeur de l'Apec, lors du forum Mixité-Diversité dans l'assurance (18 mars 2010), organisé par la FFSA,  le GEMA et les partenaires sociaux du secteur.
Eric Verhaeghe, ancien directeur de l'Apec, lors du forum Mixité-Diversité dans l'assurance (18 mars 2010), organisé par la FFSA, le GEMA et les partenaires sociaux du secteur. — FFSA (Flickr)

Il était président de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres, organisme financé par une cotisation obligatoire des cadres) et administrateur de cinq autres organismes paritaires au nom du Medef. En désaccord avec le monde patronal, Eric Verhaeghe a décidé de quitter l’ensemble de ces fonctions. Dans Jusqu’ici tout va bien, un livre à paraître ce jeudi, l’énarque dénonce les orientations actuelles du patronat, qui n’aurait pas tiré les leçons de la crise économique. Il explique son point de vue à 20minutes.fr

 Vous venez de quitter la direction de l'Apec et l'ensemble de vos mandats au Medef. Pourquoi avez-vous pris cette décision?

Depuis mon arrivée, j’ai tenté de réformer l’Apec. Je n’y suis pas parvenu, parce que les débats sur l’avenir de cet organisme sont entourés par une grande peur du changement. J’ai tiré les conclusions de cet immobilisme inacceptable, et j'ai donc pris mes responsabilités en quittant mon poste.

Pourquoi étendre, comme vous le faites dans votre livre, cette critique de la «peur du changement» à l’ensemble du monde patronal ?

La situation de l'Apec a pour moi été un révélateur de l'immobilisme du patronat français. Il propose beaucoup de réformes pour les autres mais n’est plus capable de se réformer lui-même. Il est impossible d’avancer, ni même de débattre sur les questions de fond, comme par exemple sur la question du paritarisme (mode de gestion des affaires sociales associant les syndicats et les organisations patronales, ndr). Aujourd’hui, le monde patronal est une force de conservatisme et non pas une force de progrès pour la société. Pourtant, après la crise que l’on a connue, j’estime qu’il est urgent de changer notre fusil d’épaule et de revoir complètement notre vision de l’économie. Malheureusement ce n’est pas le cas. J’interpelle donc le patronat: les élites actuelles ne doivent pas se comporter comme la noblesse de l’Ancien régime!

Sur quels thèmes souhaitez-vous que le Medef change de stratégie?

Pour sortir de la crise, le patronat propose les mêmes solutions que celles qui nous y ont menées! Il est par exemple dangereux d’appeler encore à diminuer le coût du travail, alors que les salariés ont déjà aujourd’hui du mal à joindre les deux bouts. On risque une augmentation de l’endettement des ménages mais aussi de la dette publique, puisque c’est l’Etat qui finance les abaissements de charge. Ce que je dis là est connu, je le montre dans mon livre où je m’appuie uniquement sur des rapports et des données accessibles à tous. Le monde patronal sait exactement que baisser encore le coût du travail mènerait à une nouvelle spirale de l’endettement et à une nouvelle crise, mais il n’en tire pas les conséquences et choisit de défendre ses intérêts,. Au contraire, il faudrait augmenter les salaires et réduire les exonérations d’impôts. C’est une question démocratique de première importance.

Jusqu’ici tout va bien, Editions Jacob-Duvernet, 19,90 euros