La BCE condamnée au statu quo face aux déséquilibres en zone euro

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En ce début d'année, la Banque centrale européenne (BCE) doit continuer de composer avec les déséquilibres de plus en plus marqués entre pays de la zone euro, la nervosité persistante des marchés obligataires et un nouveau souci: une inflation de 2,2% en décembre.

Cette hausse des prix, la plus forte enregistrée dans la zone euro depuis fin 2008, ne devrait toutefois pas conduire l'institution monétaire à modifier sa politique accommodante de crédit aux banques, du moins pas avant la fin de l'année, de l'avis des analystes.

Pour Erik Nielsen et Nick Kojucharov de Goldman Sachs, le niveau de l'inflation en décembre est lié à "des effets largement temporaires", une hausse du prix du pétrole et des prélèvements. Corrigée de ces éléments, l'inflation "reste sage". Et en tout cas dans les limites de l'objectif de la BCE, d'un taux à un niveau proche mais inférieur à 2%.

Son conseil des gouverneurs, qui doit se réunir jeudi à Francfort (ouest), devrait donc maintenir son principal taux directeur au niveau historiquement bas de 1%, fixé depuis mai 2009. Et annoncer que son programme de rachat d'obligations publiques se poursuit, sans plus.

Ces achats, amorcés en mai 2010, ont apporté un soulagement ponctuel mais n'ont pas calmé les spéculateurs, ni empêché la crise de la dette grecque de gagner le marché obligataire irlandais puis portugais et espagnol.

"La crise (de la dette) a fait une courte pause de Noël, mais elle est à nouveau là", constate Thomas Mayer, économiste en chef de Deutsche Bank.

Et les taux records enregistrés cette semaine par le Portugal suggèrent que le pays, après la Grèce et l'Irlande, devra bientôt faire appel à l'aide internationale, estiment des analystes.

En annonçant en décembre un doublement de son capital à 10,76 milliards d'euros d'ici à fin 2012, la BCE a pu laisser croire qu'elle se préparait à acheter davantage de dette. Mais après avoir augmenté significativement ses achats début décembre, elle a signifié qu'elle n'entendait pas servir de béquille aux pays en difficulté budgétaire.

Jean-Claude Trichet, président de l'institution jusque fin octobre, a estimé une nouvelle fois vendredi que "la responsabilité de la politique monétaire ne peut pas se substituer à l'irresponsabilité gouvernementale" et appelé les responsables européens à aller plus loin dans leur gestion de la crise.

Ceux-ci ont pour l'instant refusé d'augmenter le fonds de soutien créé pour venir en aide aux pays en difficulté, et refusent l'idée de sanctions automatiques contre les pays dont les budgets dérapent.

Pour Thomas Mayer, "il serait très souhaitable que les politiques se mettent d'accord rapidement et fassent des annonces claires".

Dans ce contexte les déclarations de la Chine, qui a promis d'aider Grèce, Portugal et Espagne en achetant leurs obligations, a suscité l'espoir.

Mais "la Chine ne semble ni être en mesure ni avoir l'envie de faire beaucoup pour résoudre la crise de la dette de la zone euro", estiment les analystes de Capital Economics.

La zone euro devrait donc être largement livrée à elle-même, et à l'action de la BCE. Mais celle-ci est condamnée au statu-quo pour le moment, expliquent les analystes de DZ Bank.

En terme de dynamique économique, ils distinguent trois groupes en zone euro. Allemagne, Finlande et Autriche s'illustrent dans le peloton de tête. Suivent plusieurs pays où la croissance est attendue autour de 1% cette année. Espagne, Grèce, Irlande et Portugal ferment la marche.

Face à ces disparités, "la BCE doit considérer la zone euro comme un tout et est en plus confrontée à une crise de la dette et à une crise bancaire sans précédent", autant d'éléments qui la forcent à agir avec une extrême prudence.