Pourquoi les prix du blé, du sucre et de l'huile explosent

ALIMENTATION La flambée des cours alimentaires fait craindre de nouvelles émeutes de la faim...

Elsa Meyer
— 
Un champs de blé au sud de Moscou, en Russie, en août 2010.
Un champs de blé au sud de Moscou, en Russie, en août 2010. — Ivan Sekretarev/AP/SIPA

Du blé au sucre, les prix des produits alimentaires s’envolent. Ils ont atteint en décembre leur plus haut niveau depuis juin 2008, d’après des chiffres publiés mercredi par l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO).
 
Si aucun risque de pénurie n’est à prévoir, cette hausse fait craindre de nouvelles émeutes de la faim comme en 2008. En septembre dernier, 13 personnes ont déjà été tuées au Mozambique lors de manifestations contre la vie chère. Des incidents ont aussi éclaté ces derniers jours en Algérie.

La météo fait des siennes

Cette envolée des cours s’explique d’abord par les mauvaises conditions climatiques en 2010. «La sécheresse de l’été dernier en Russie et en Ukraine, principaux exportateurs de blé dans le monde, ont mis à mal les récoltes. L’offre est donc moins importante que la demande: cela crée une tension sur les prix d’autant plus forte que les pays vivent sur leurs stocks en période hivernale», explique à 20minutes.fr Philippe Crevel, conseiller économiste pour Generali.
 
Et la météo devrait continuer à faire des siennes cette année. «Les prix peuvent encore beaucoup augmenter pour plusieurs raisons: si le temps sec en Argentine se transforme en sécheresse comme cela semble être le cas, si nous commençons à rencontrer des problèmes avec les dégâts hivernaux pour la récolte du blé dans l'hémisphère Nord», a expliqué à Reuters Abdolreza Abbassian, économiste à la FAO.

Spéculation sur les produits alimentaires

Mais les mauvaises conditions climatiques n’expliquent pas tout. Les cours explosent également en raison de la spéculation accrue sur les matières premières. Le riz, l’orge ou le sucre «sont devenus des actions comme les autres. Comme la Bourse se porte mal et les taux intérêts sont très bas, les investisseurs préfèrent miser sur les matières agricoles. Sans compter les mauvaises récoltes, leur prix a déjà tendance à augmenter naturellement depuis quelques années avec la hausse de la population mondiale et de la consommation de viande», précise Philippe Crevel.
 
Une spéculation qui fait flamber les prix plus fort que de raison et ravive les tensions sociales dans les pays pauvres.

Situation moins alarmante

La situation reste cependant beaucoup moins alarmante qu’il y a deux ans et demi selon Abdolreza Abbassian. Les émeutes de la faim avaient alors été provoquées par la conjonction de plusieurs facteurs: des prix élevés du pétrole et des carburants, un recours grandissant aux biocarburants, de mauvaises conditions climatiques et une hausse des investissements sur les produits alimentaires.
 
Contrairement à 2008, les récoltes en Afrique ont été bonnes et même si les prix du baril sont repartis à la hausse, ils sont loin des sommets atteints cette année là.