L'économie allemande entame l'année 2011 avec optimisme

ECONOMIE Point de miracle mais un rattrapage de l'activité après une récession sévère...

Elsa Meyer

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Les recettes fiscales de l'Allemagne cette année seront d'environ 15,2 milliards d'euros supérieures aux dernières prévisions datant de mai, a annoncé jeudi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, bien décidé toutefois à maintenir le cap sur la rigueur.
Les recettes fiscales de l'Allemagne cette année seront d'environ 15,2 milliards d'euros supérieures aux dernières prévisions datant de mai, a annoncé jeudi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, bien décidé toutefois à maintenir le cap sur la rigueur. — Bas Bogaerts AFP

Les Français font grise mine en ce début d’année. Outre-Rhin, le sourire est au contraire de mise. Une avalanche de bonnes nouvelles est tombée ces derniers jours sur le pays. L’économie allemande confirme ainsi son embellie, sans toutefois faire de miracles.
 
Croissance record
 
Le ministre de l’Economie, Rainer Brüderle, a ouvert le bal samedi dernier. Il a annoncé une croissance de 3,4% pour 2010, soit un record depuis la réunification du pays en 1990. Par comparaison, la France devrait atteindre dans la douleur une hausse 1,5% de son PIB.
 
Ce boom de l’activité s’est accompagné d’une reprise sur le marché de l’emploi. Le taux de  chômage n’a cessé de baisser pour atteindre son niveau de 1992. Et les embauches vont se poursuivre en 2011. Lufthansa a par exemple annoncé lundi la création de 4.000 postes dans le pays.
 
Autre bonne nouvelle pour les salariés allemands: cette nouvelle année doit aussi être synonyme de hausse sur la fiche de paie.

Rattrapage économique
 
Des chiffres d’autant plus impressionnants que le reste de l’UE peine à se remettre sur pieds. Mais il s’agit en grande partie d’un rattrapage économique.
 
«La crise a été plus violente en Allemagne que chez ses voisins européens. La hausse de la croissance était donc attendue et devrait se calmer», explique à 20minutes.fr Isabelle Bourgeois, rédactrice en chef de Regards sur l'économie allemande.
 
Le même mécanisme s’observe sur les salaires. L’augmentation des rémunérations en 2011 doit compenser les efforts consentis par les salariés au plus fort de la crise. Pour éviter les licenciements, nombre de syndicats ont ainsi accepté un gel des rémunérations.
 
Economie solide

Mais si ce rattrapage de l’activité était prévisible, «sa force et sa rapidité sont étonnantes», précise Isabelle Bourgeois. Une performance qui s’explique par la solidité du modèle économique outre-Rhin.
 
Bien insérée dans les échanges internationaux, l’Allemagne profite tout d’abord de la reprise de la demande mondiale, tirée par les pays émergents.
 
«Pendant la crise, les entreprises allemandes ont aussi misé sur l’innovation et utilisé tous les moyens possibles, comme le chômage partiel, pour ne pas licencier leurs salariés. La consommation n’a donc pas flanché et les PME se retrouvent avec les compétences humaines et techniques pour repartir de plus belle», analyse l’économiste.  
 
«Le pays bénéficie enfin des réformes menées ces vingt dernières années pour accroître sa compétitivité», conclut Isabelle Bourgeois.
 
Hausse de la précarité

Une belle santé économique qui cache cependant une situation sociale moins idyllique.

Selon une étude de l’Institut du travail de l’université de Duisbourg-Essane publiée au mois d’août dernier, plus de 6,5 millions de personnes sont ainsi considérées comme des travailleurs pauvres, soit deux millions de plus qu’il y a dix ans.

Et rien ne laisse pour l'instant penser que le retour de la croissance et de l'emploi ne vont enrayer cette précarité galopante.