La reprise s'essouffle dans la construction du logement neuf en France

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La reprise constatée depuis le début de l'année dans la construction du logement neuf en France a perdu de son élan : les mesures fiscales en faveur du secteur attirent déjà moins les investisseurs, avant même que le taux des réductions d'impôt ne baisse en 2011.

"Le nombre de permis de construire continue de progresser à fin novembre, sur un an, mais nous sommes entrés dans une phase de décélération de la reprise", déclare à l'AFP Michel Mouillart, professeur d'économie à l'Université Paris X-Nanterre, après la publication mardi des chiffres de novembre de la construction de logements neufs.

Le nombre de permis de construire a seulement progressé de 1,5% à 97.547 unités entre septembre et novembre par rapport aux mois correspondants de 2009, a annoncé le ministère de l'Ecologie.

Sur les 12 derniers mois, le nombre de permis de construire accordés est de 390.802, encore en hausse de 11,8% par rapport aux 12 mois précédents. Mais, pour le deuxième mois consécutif après octobre, novembre enregistre une baisse (de 4,7%) par rapport au mois correspondant de 2009.

"C'est une rupture après sept mois de hausse consécutive qui s'explique par la fin de l'engouement pour le dispositif fiscal connu sous le nom de +Scellier+", souligne M. Mouillart.

Très populaire auprès de contribuables aisés, le dispositif "Scellier" permet depuis 2008 des réductions d'impôt, pendant une période de 8 ans, aux investisseurs achetant des logements neufs pour les louer. Les logements vendus en "Scellier" ont représenté les deux tiers des 115.000 logements vendus par les promoteurs privés en 2010.

Or, pour la première fois depuis mars dernier, les mises en chantier des logements collectifs (qui comprennent ceux des promoteurs privés mais aussi les HLM) sont en baisse de 2% en novembre par rapport au mois correspondant de 2009.

Inquiétude supplémentaire pour le secteur : le gouvernement a décidé pour 2011 de baisser le taux de réduction d'impôts du "Scellier" à 22% (au lieu de 25% prévu à l'origine) pour les logements basse consommation (BBC). Les logements qui ne respectant pas cette norme ne bénéficieront que d'une réduction de 13% (au lieu de 15%).

Le nombre de mises en chantier de logements neufs s'est élevé à 90.190 pendant les mois de septembre, octobre et septembre, soit une hausse de 9,5% sur la même période un an plus tôt.

Au cours des douze derniers mois (décembre 2009 à novembre 2010), le nombre de mises en chantier est, avec 302.371 unités, repassé au dessus du cap symbolique des 300.000, loin de l'ancien objectif du gouvernement de 500.000 nouveaux logements par an. Ce qui devrait donner un total de 305.000 pour l'ensemble de l'année 2010 et environ 350.000 en 2011, selon M. Mouillart.

Mais pour le secrétaire du Logement Benoist Apparu, dimanche sur Europe 1, "le problème n'est pas de savoir si on doit faire 400.000 ou 500.000 logements. Ce débat là est dépassé (...) Le problème principal de la politique du logement en France depuis 20 ans c'est qu'on n'a pas épousé les évolutions démographiques du pays, et qu'on continue à construire deux fois plus de logements par habitant en Auvergne qu'en Ile-de-France".

Victime de la flambée des prix, aussi bien dans le neuf que dans l'ancien, l'Ile-de-France n'arrive pas à combler son déficit de logements. Pour la période décembre 2009-novembre 2010, la progression des permis de construire n'est que de 3,1% par rapport aux 12 mois précédents pour l'ensemble des types de construction neuve (y compris construction sur bâtiment existant).

Alors que la hausse est quasi-équivalente en Auvergne (+3,0%), elle est beaucoup plus forte en Alsace (+30,4%), en Corse (+47,1%), en Limousin (+26,7%), en Midi-Pyrénées (+31,3%), en Pays de la Loire (+40,4%), en Poitou-Charentes (+21,9%) et en Rhône-Alpes (+23,2%).