Une entreprise américaine va forer l'or noir enfoui dans le sous-sol d'Ile-de-France

ÉNERGIE es forages vont démarrer en 2011...

Thibaut Schepman

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Des derricks de pétrole à Bakou (Azerbaijan) le 16 octobre 2005
 
Des derricks de pétrole à Bakou (Azerbaijan) le 16 octobre 2005   — REUTERS/David Mdzinarishvili

Des derricks qui pompent le pétrole grâce à des puits de plusieurs kilomètres de profondeurs. Non, la scène ne se déroule pas en Amérique du Nord ou dans le Golfe, mais en Ile-de-France. Le Bassin parisien pourrait bien être percé de plusieurs centaines de puits dès 2012.
 
Une entreprise américaine, Toréador, espère en effet y trouver plusieurs centaines de millions de barils de pétrole. Elle fait même son entrée en bourse en Europe ce vendredi. Car dès l’année prochaine, elle va investir 56 millions de dollars pour creuser six puits d’exploration et exploiter du pétrole dit «non conventionnel». Contrairement au pétrole classique, que quelques puits exploitent déjà en France, le pétrole non conventionnel n’est pas contenu dans des réservoirs naturels.
 
Production complexe et coûteuse
 
Au contraire, il est emprisonné dans des roches non poreuses et non perméables. Ce qui complique sérieusement son exploitation. «Il faut d’abord construire un forage de 2,5 kilomètres de long. Ensuite, on injecte des milliers de mètres cube d’eau et de gélifiants pour créer des microfissures à la périphérie des puits», détaille Emmanuel Mousset, directeur général de Toréador France.
 
Coûteuse, la production serait rentable si le prix international du baril reste au-dessus de 60 dollars. Une perspective très probable compte tenu de la hausse de la demande et la diminution des ressources de pétrole conventionnel. Dans ce cas, et si les puits d’exploration confirment les prévisions de Toréador, l’entreprise pourrait construire plusieurs centaines de puits «dès la fin 2012».
 
Impacts très importants
 
Mais le coût à payer est aussi lourd pour la planète. «Tout d’abord on extrait du pétrole, ce qui aggrave le réchauffement climatique. Mais en plus, on consomme beaucoup d’énergie pour le faire», estime Jean-Marc Jancovici, ingénieur français spécialiste dans le domaine de l'énergie et du climat et auteur d’ouvrages de vulgarisation sur la question. L’ingénieur ajoute que cette technique est «très coûteuse en eau», et que cette eau, mélangée aux hydrocarbures, «est difficilement et plus ou moins bien retraitée» dans les forages déjà existants en Amérique du Nord.
 
Toréador assure de son côté que le pétrole extrait sera, dès que la production sera importante, transporté par pipeline et non pas par camion. De quoi réduire un peu l'énergie consommée. Et il assure que l’eau proviendra des forages - en avançant qu’un forage en Ile-de-France qui apporte 10.000 barils de pétrole permet d’extraire 200.000 barils d’eau – et sera totalement retraitée avant d’être réinjectée dans le sous-sol. Enfin, contrairement aux accidents qui ont eu lieu en Amérique du Nord, «les forages seront suffisamment profonds pour ne pas contaminer les nappes phréatiques», s'engage le directeur général.
 
L’entreprise s’engage à prendre les mesures nécessaires, donc. Reste toutefois à connaître la réaction des riverains qui verront, si les espoirs de Toréador sont fondés, s’installer des forages autour de leur commune. «Il est vrai que l’activité est source de nuisance, mais nous ne choisissons que des terrains agricoles ou éloignés de plus de 300 mètres des habitations», assure Emmanuel Mousset.
 
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