Le moteur économique allemand devrait encore rugir en 2011

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Le moral des entrepreneurs allemand vole de record en record en cette fin d'année, à la faveur de perspectives 2011 bien meilleures que prévu pour la première économie européenne malgré la crise de la dette dans la zone euro.

Le baromètre Ifo, principal indice de confiance en Allemagne, est en hausse constante depuis février et a enregistré vendredi son meilleur résultat mensuel depuis sa création en 1991: 109,9 points en décembre contre 109,3 points le mois dernier, qui constituait déjà un record absolu.

Sa vigueur "a levé les derniers doutes sur la capacité de l'économie allemande à rester forte face (...) au léger ralentissement de l'économie mondiale" et à la faiblesse de plusieurs pays dans la zone euro qui luttent pour rester crédibles financièrement aux yeux des marchés, selon l'économiste Timo Klein de IHS Global Insight.

Les entrepreneurs allemands sont également plus optimistes pour l'avenir. L'indice de leurs attentes pour les six prochains mois a grimpé à 106,9 points en décembre après 106,3 points le mois dernier. Du jamais vu depuis la création de l'indice.

Les difficultés de ses voisins semblent n'infliger aucun dommage à l'économie allemande. Au contraire: si la crise de la dette perdure en Europe, l'euro devrait rester moins solide face au dollar que par le passé, continuant ainsi à rendre les exportations allemandes moins onéreuses, selon les économistes.

De plus, les investissements en Allemagne sont stimulés par les faibles taux d'intérêt maintenus par la Banque centrale européenne (BCE), qui ne laisse poindre aucun signe d'un relèvement rapide de son principal taux directeur ancré à 1%, son plus bas niveau historique.

Certes, l'Europe reste le principal marché des exportations allemandes. Mais elles progressent plus rapidement en dehors de l'Union, notamment dans les pays émergents comme la Chine, une tendance qui s'est nettement accélérée depuis l'an dernier.

En outre les trois principaux pays en difficulté - la Grèce, l'Irlande et le Portugal - ne représentent que 2% du total de ses exportations, souligne Carsten Brzerski d'ING.

Les fonds étrangers multiplient aussi leurs prises de participation dans les entreprises allemandes. Ainsi le Qatar, déjà présent au capital de poids lourds comme Volkswagen ou le groupe de BTP Hochtief, "n'en est qu'au début" de ses investissements en Allemagne, a déclaré dans une interview le ministre de l'Economie du riche Etat du Golfe, Youssef Hussein Kamal, en visite cette semaine à Berlin.

Plusieurs économistes en Allemagne prédisent d'ores et déjà une croissance dans le pays supérieure à 3% en 2011. Selon la Bundesbank et la Commission européenne, elle devrait dépasser les 2%, après un probable record cette année où elle s'annonce supérieure à 3,4%, la prévision officielle actuelle du gouvernement fédéral.

Autre motif de réjouissance: même si ses exportations faiblissent en 2011, l'Allemagne peut désormais compter sur le réveil de sa consommation intérieure, après des années de vaches maigres.

Un véritable cercle vertueux de la croissance commence à s'installer en Allemagne. Après le rebond tonitruant de l'industrie dès le premier semestre 2010, les hausses de l'emploi et des salaires, combinées à l'augmentation de la consommation des ménages et des investissements "vont probablement prendre le relais" des exportations l'année prochaine, estime ainsi Jean-Michel Six, chef économiste en Europe de l'agence de notation Standard & Poor's.

Le réveil du consommateur est "une bonne nouvelle pour l'Allemagne", mais aussi "pour le reste de l'Europe", qui devrait en profiter par ricochet, selon Andreas Rees, économiste de UniCredit.