La BCE opère une augmentation de capital de grande ampleur et très politique

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La Banque centrale européenne (BCE) a décidé de lancer la plus importante augmentation de capital de son histoire, à la fois pour faire face aux exigences de la crise en zone euro mais aussi pour envoyer un message aux dirigeants européens réunis à Bruxelles.

Le conseil des gouverneurs de l'institution financière, réuni à son siège de Francfort, a annoncé qu'il allait presque doubler son capital, le portant de 5,76 milliards actuellement à 10,76 milliards fin 2012.

La levée de fonds doit se dérouler en trois étapes: la première le 29 décembre de cette année et les suivantes fin 2011 et fin 2012.

Les banques centrales nationales des 16 pays de la zone euro doivent y contribuer pour un montant de 3,49 milliards d'euros, le reste étant à la charge des onze pays de l'Union européenne qui n'ont pas adopté la monnaie unique.

Cette opération est "appropriée" au regard de "la volatilité des taux de change, des taux d'intérêt et des prix de l'or ainsi qu'au risque lié au crédit", a commenté dans un communiqué la BCE, contrainte depuis près de trois ans et demi d'intervenir sur les marché financiers pour venir en aide aux banques de la zone euro auxquelles elle a prêté beaucoup d'argent.

Depuis le mois de mai et la crise de la dette grecque, brisant un tabou, elle intervient également directement sur le marché obligataire pour racheter de la dette publique des pays les moins solvables de la zone euro.

Le rythme des achats, qui s'était pratiquement tari à la fin de l'été, a repris avec plus de vigueur ces dernières semaines, crise irlandaise oblige.

Depuis le mois de mai, la BCE a acheté pour 72 milliards d'euros d'obligations principalement grecques, portugaises et irlandaises. Ce qui ne pose pas de problème pour son bilan, une grande partie de ces achats étant supportée par les banques centrales nationales.

Mardi, une source proche du dossier en Allemagne avait jugé qu'"une augmentation de capital montrerait aux marchés que la BCE est suffisamment capitalisée pour acheter encore plus d'obligations".

Un sentiment que sont loin de partager certains analystes.

En augmentant son capital, la BCE cherche sans doute à se prémunir contre une dépréciation de ces obligations mais pas forcément à donner le signal que les vannes sont ouvertes, juge ainsi Carsten Brzeski d'ING.

Les dernières déclarations de ses dirigeants sont "claires: ce n'est pas à la BCE mais aux politiciens de l'UE de résoudre la crise de la dette souveraine", ajoute-t-il.

Pour Gilles Moëc, économiste à la Deutsche Bank, la BCE, en réclamant une augmentation de la contribution des Etats par l'intermédiaire de leurs banques centrales, a eu à coeur de montrer que "son intervention n'est pas gratuite".

"Le message est politique: il ne faut pas laisser la BCE se débrouiller seule", analyse-t-il pour l'AFP, jugeant l'opération "positive et rusée".

Ce qui sera intéressant d'observer désormais, poursuit-il, c'est comment les banques nationales vont se comporter.

Selon lui, le scénario idéal pour la BCE, afin que la solvabilité de l'Eurosystème soit renforcée, serait que le dividende versé par les banques centrales nationales aux Etats soit réduit. Une façon de faire aussi payer ces derniers qui rechignent à augmenter le Fonds de secours mis en place en mai pour venir en aide aux économies les plus fragiles.

Le sommet qui se tient jeudi et vendredi à Bruxelles doit permettre d'engager un changement limité du traité de Lisbonne, condition posée par l'Allemagne pour accepter de pérenniser ce fonds.