Exportations, inflation: la baisse du dollar produit ses effets aux USA

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La baisse du dollar, fruit d'une stratégie plus ou moins avouée, a produit des effets indéniables pour les Etats-Unis à l'automne, des statistiques économiques publiées vendredi faisant état d'exportations revigorées et d'une inflation importée.

La balance commerciale a confirmé une tendance qui n'était pas si évidente jusque-là. Depuis qu'il a dépassé la barre des 50 milliards de dollars en juin, le déficit commercial est reparti à la baisse.

Sur le mois d'octobre, il a chuté à 38,7 milliards de dollars, du jamais vu depuis janvier, et une "nouvelle indication que nous allons dans la bonne direction" selon le secrétaire au Commerce Gary Locke.

Comparée aux monnaies des partenaires commerciaux des Etats-Unis, la valeur du billet vert a été en octobre inférieure de 2,6% à celle de septembre, et de 8,4% à celle de juin, selon un indice de la banque centrale.

Toute baisse du dollar rend les exportations américaines plus compétitives à l'étranger, et renchérit les importations. Depuis le début du second semestre, c'est surtout ce premier effet qui a joué: en quatre mois de glissade du dollar, les exportations américaines ont bondi de 5,7%, tandis que les importations reculaient de 1,3%.

En octobre, les Etats-Unis ont entre autres réussi à importer moins de pétrole. Ils ont battu le record de leurs exportations vers leurs deuxième et troisième partenaires commerciaux, la Chine et le Mexique, tandis que celles vers l'Union européenne et le Japon étaient les plus élevées depuis deux ans.

"Le commerce extérieur a lourdement pesé sur la croissance du troisième trimestre, en lui retirant 1,8 point de pourcentage. Si on se penche sur le quatrième trimestre, il pourrait donner un coup de pouce proche des 3 points", a estimé Gregory Daco, d'IHS Global Insight.

Washington n'a jamais ouvertement avoué vouloir faire baisser le dollar pour aider la croissance. Mais quand en janvier le président Barack Obama avait annoncé l'objectif de doubler les exportations en cinq ans, les économistes doutaient que ce soit compatible avec la ligne officielle: "un dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis".

La décision de la banque centrale (Fed) d'injecter 600 milliards de dollars dans le système financier, prise en novembre mais anticipée par les cambistes dès septembre, a cependant fait reculer le cours du billet vert.

La Fed espérait lutter contre une inflation trop basse. Du point de vue des importations, c'est une réussite: leur prix a grimpé de 1,0% en octobre, puis 1,3% en novembre.

Ce sont les exportateurs américains qui ont le plus de raisons de se réjouir. Ils peuvent réhausser leurs prix libellés en dollars (+0,8% en octobre, +1,5% en novembre) puisque les acheteurs munis de devises étrangères voient leur pouvoir d'achat grimper.

Les multinationales cotées à la Bourse de New York se vantent régulièrement de la progression de leurs ventes dans les pays où la croissance est plus franche qu'aux Etats-Unis. La dernière en date a été le conglomérat United Technologies, qui tablait jeudi sur "une amélioration" de ses marchés en 2011, "notamment les marchés émergents".

Néanmoins, d'après Ian Shepherdson, de High Frequency Economis, "les exportations ne continueront pas à augmenter à ce rythme", la baisse du dollar n'étant pas infinie.