La bataille Hermès-LVMH entre les mains du gendarme de la Bourse

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Le sort de la bataille financière Hermès-LVMH est désormais en grande partie entre les mains du gendarme français de la Bourse, l'Autorité des Marchés financiers, devenu l'arbitre central de la querelle entre les héritiers du vénérable sellier parisien et le géant mondial du luxe.

"L'AMF a la pression", résume Jean-François Bay, ancien collaborateur de l'institution et enseignant associé à l'université de Paris Dauphine, interrogé par l'AFP.

"Nous avons affaire à deux grands groupes français. ça fait partie du jeu", concède-t-on au siège de l'Autorité, qui a l'expérience de batailles identiques dans le passé, comme le rachat en 2006 du mastodonte de la sidérurgie Arcelor par l'homme d'affaires indien Lakshmi Mittal.

Depuis l'annonce fracassante le 23 octobre de l'arrivée de LVMH au capital d'Hermès, tous les protagonistes du dossier se sont tournés vers le régulateur français des marchés.

Les héritiers possèdent 73,4% mais aucun d'entre eux n'en a individuellement plus de cinq pour cent. Avec 17,1%, le groupe LVMH, propriété de Bernard Arnault, est le principal actionnaire individuel en dehors de la famille, depuis l'entrée en Bourse du groupe en 1993.

Très vite, le gendarme de la Bourse a ouvert une enquête pour déterminer si Bernard Arnault avait respecté la réglementation lors de sa montée au capital d'Hermès via des instruments financiers complexes, qui ne sont pas compris légalement dans les franchissements de seuil.

"Malheureusement pour Hermès, l'AMF devrait rendre un avis positif car la manoeuvre est légale", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier ayant requis l'anonymat.

L'instruction du régulateur sur ce point devrait durer au moins 10 mois, selon une autre source.

Mais l'AMF doit maintenant aussi se prononcer sur la riposte de la famille Hermès, avec la création annoncée d'une holding qui détiendrait au moins 51% des parts, pour repousser les assauts de LVMH.

L'Autorité doit décider si elle accorde ou pas aux héritiers une dérogation à l'obligation de lancer une offre publique d'achat sur le solde du capital, comme l'impose la législation en cas de franchissement du seuil de 33% détenus.

"Ils n'auront pas de problème pour l'obtenir car le holding n'est qu'un habillage juridique, il n'y a pas eu de montée en puissance de la famille durant cette opération. Il n'y a eu qu'un reclassement des parts", estime Jean-François Bay.

La décision devrait être rendue dans "plusieurs semaines". "On accorde au moins 30 dérogations par an à des entreprises", indique-t-on à l'AMF.

Hermès et LVMH ne sont pas les seuls à s'en remettre au régulateur : le cabinet de conseil aux petits actionnaires Deminor, qui a pris position pour Hermès, a envoyé à l'AMF copie d'une lettre demandant des explications à Bernard Arnault.

De son côté, Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires, a déjà prévenu qu'elle entamerait une action judiciaire si l'AMF avalisait la riposte de la famille Hermès.

"L'AMF ne peut ignorer les complaintes de petits actionnaires", indique-t-on auprès de l'institution, présidée par Jean-Pierre Jouyet.

Souvent critiquée pour son inertie, l'AMF est garante notamment de l'équilibre entre les actionnaires d'une société et du respect de la réglementation.

Selon Jean-François Bay, ce dossier "offre une "opportunité à l'AMF de répondre à ses détracteurs".