La BCE continue d'agir contre la crise, en attendant les politiques

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La Banque centrale européenne (BCE) a finalement pris les choses en main pour calmer les marchés, en rachetant de grandes quantités de dette publique et en prolongeant ses prêts aux banques, tout en appelant les dirigeants européens à leurs responsabilités.

A l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs de l'institution de Francfort (ouest) jeudi, et alors que les investisseurs attendaient des annonces fortes, son président Jean-Claude Trichet s'était contenté de déclarer que le programme de rachat d'obligations d'Etat, mis en place au mois de mai, en pleine crise de la dette grecque, allait se poursuivre.

Or, dans le même temps, la BCE accélérait ses rachats de dette publique irlandaise et portugaise, selon les opérateurs de marché.

Vendredi, elle a poursuivi ses achats "entamés massivement depuis deux jours", indiquaient des stratégistes obligataires de BNP et Natixis.

Les chiffres de la BCE ne seront publiés que lundi. "Je ne serais pas surpris qu'elle ait racheté depuis trois jours entre 3,5 et 5 milliards d'euros de dettes essentiellement portugaise et irlandaise, et grecque dans une moindre mesure", estime Patrick Jacq, de BNP.

Lors de la première semaine de mise en oeuvre de cette mesure, la BCE avait racheté pour 16,5 milliards d'euros de dettes d'Etat. Ces achats ont ensuite progressivement diminué pour tomber tout près de zéro début août, avant de reprendre plus fortement récemment. La semaine dernière, la BCE en avait ainsi racheté pour 1,3 milliard d'euros, soit le double de la semaine précédente.

Son intervention a réussi son effet. Vers 17H00 (16H00 GMT), les taux irlandais baissaient à 7,928% et les portugais à 5,734% après avoir atteint des records.

"Mais les mesures seules de la BCE ne sont pas suffisantes. Elle doivent s'inscrire dans un plan plus vaste, sinon il s'agira juste d'un palliatif supplémentaire", a déclaré à l'AFP Filipe Silva, stratégiste obligataire de la banque Carregosa.

"Cela ne résout rien au fond mais cela donne quelques semaines de répit", le temps pour les dirigeants de l'Union européenne de finaliser leur mécanisme de résolution de crises, estime également Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank.

Si elle a accepté de continuer à pallier aux désordres du marché, comme elle le fait depuis le début de la crise, la BCE estime que c'est aux responsables politiques européens de s'atteler au sauvetage des banques et des gouvernements des pays en difficulté budgétaire.

"Nous encourageons les Etats à aller aussi loin que possible pour être à la mesure des défis", a encore déclaré M. Trichet vendredi à Paris, appelant les Etats de la zone euro et les autorités européennes à augmenter la taille du Fonds de stabilité financière si les conditions l'exigent.

"Il est très important d'être aussi efficace que possible, également quand il est question de quantité", a-t-il expliqué.

"Pour la BCE, la prochaine étape pour résoudre la crise de la dette souveraine doit venir des gouvernements, écrit Elga Bartsch, économiste chez Morgan Stanley, ajoutant: "nous sommes d'accord".

L'intervention de la BCE sur le marché obligataire est en tout cas un message clair à l'attention de ceux qui continuent de spéculer sur les pays les plus fragiles de la zone euro, estime M. Moëc.

M. Trichet a répété jeudi que "les investisseurs doivent prendre en compte la détermination des Européens" à préserver leur union monétaire. "Cela doit être interprété comme un avertissement à ceux qui misent sur une débâcle du marché obligataire de la zone euro qu'à un moment ou l'autre ils risquent peuvent entrer en collision avec une action décisive de la BCE", estime M. Moëc.