La polémique continue sur l'appel de Cantona à la révolution par les banques

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L'appel à la révolution par les banques d'Eric Cantona continuait de faire polémique vendredi, certains louant ce coup de semonce aux banques qui se sont éloignées des citoyens, d'autres estimant que provoquer la faillite du système est contre-productif.

Face à l'ampleur prise sur internet par l'appel à retirer le 7 décembre l'argent déposé dans les banques, inspiré par le footballeur, le gouvernement et les dirigeants du secteur étaient montés au créneau jeudi en France, dénonçant une initiative qu'ils jugent "tragi-comique" voire "insécuritaire".

"Et si Cantona avait raison!", a lancé vendredi le président de Debout la République (DLR), Nicolas Dupont-Aignan (ex-UMP).

"La polémique naissante entre les dirigeants bancaires, leur plus fidèle avocate Christine Lagarde (la ministre de l'Economie) et Eric Cantona prouve bien que la menace de retirer des banques les dépôts des Français est la seule chose qui puisse faire peur au système financier", estime dans un communiqué le député de l'Essonne.

M. Dupont-Aignan juge toutefois qu'avant d'en arriver à cette extrémité, "un premier coup de semonce en transférant de nombreux dépôts à la Banque postale permettrait sans aucun doute de faire douter de leur impunité certains banquiers".

"Eric Cantona exprime le ras-le-bol", renchérit Serge Maître, secrétaire général de l’Association française des usagers des banques.

Cet appel révèle, selon lui, "l'insatisfaction des clients des banques qui il y a deux ans ont constaté qu'on aidait" le système bancaire en crise et qui "continuent d'être isolés face à des ruptures de comptes, à des ruptures de découvert, à de la tarification bancaire, à des refus de prêts".

Et "quand Mme Lagarde vient de manière méprisante et violente renvoyer M. Eric Cantona au ballon et au terrain de foot, c'est pas seulement un mépris vis-à-vis de M. Cantona, c'est aussi l'ignorance, vouloir ignorer la réalité de tous ces citoyens qui ont des difficultés bancaires".

Il dénonce "le monde bancaire (qui) fait la sourde oreille" et les politiques qui "de gauche comme de droite" n'ont pas entendu le message.

Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) se sont démarqués vendredi de l'appel de Cantona, estimant que provoquer la faillite du système bancaire n'était pas la bonne solution.

"Je ne sais pas si on gagnerait quelque chose à une faillite générale et instantanée du système. Je me représente la chose autrement, avec des élections, avec des programmes", a déclaré M. Mélenchon sur France Info.

De même, pour Nathalie Arthaud (LO), la solution pour empêcher les banquiers de "nuire" serait plutôt de les "mettre sous contrôle" en les expropriant. "Le problème c'est que les banques, on en a besoin, elles sont utiles", a-t-elle estimé.

L'association altermondialiste Attac (Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Action citoyenne), qui dénonce régulièrement la toute-puissance du monde bancaire, restait elle aussi très prudente. "On ne demande pas aux gens de retirer en masse leur argent des banques (...)", a déclaré à l'AFP Thomas Coutrot, coprésident de l'association, jugeant que cette "initiative intéressante a le mérite d'ouvrir le débat".

Vendredi soir, l'appel relayé dans plusieurs pays et plusieurs langues par un site ad hoc et une page du réseau social Facebook, qui fixent au 7 décembre la date fatidique, rassemblait plus de 32.000 internautes français.