Pourquoi le gouvernement ne veut pas augmenter le Smic

EUROPE Christine Lagarde l'a officialisé mercredi...

Thibaut Schepman

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Bulletin de paie, image d'illustration.
Bulletin de paie, image d'illustration. — F. DURAND / SIPA

 «Sur un plan strictement économique, je ne pense pas qu’un [coup de pouce au Smic] soit le plus efficace pour relancer l’économie». La ministre de l’Economie Lagarde a écarté mardi en conférence de presse toute augmentation du Smic au-delà de l’inflation au 1er janvier prochain

Risqué pour les entreprises

La ministre suit les préconisations d’un groupe d'experts (nommé sur ce sujet par le gouvernement), qui craint qu’une hausse des salaires ne «compromette la reprise de l’emploi». Pour eux, pas question que les entreprises augmentent les salaires, cela les menacerait et les empêcherait d’embaucher.

Après cinq années sans coup de pouce au Smic, le discours est difficile à entendre, surtout pour les personnes rémunérées au salaire minimum. Et ce d’autant plus qu’un sondage réalisé par l’Expansion a montré qu’une augmentation des salaires français bénéficierait immédiatement à la croissance française.

Levier risqué

Matthieu Plane, économiste à l’OFCE, explique cette contradiction. Selon lui, les conditions ne sont tout simplement pas réunies pour une augmentation du Smic. «En l’absence de croissance, l’augmentation du Smic est un levier risqué. Cela pourrait provoquer un tassement vers le bas de tous les salaires», analyse-t-il. Les entreprises n’ayant plus de marges pour d’autres augmentations, il n’y aurait pas de hausse générale des salaires. Pire, un tel mouvement pourrait même être «destructeur d’emploi dans les entreprises en difficulté», ajoute-t-il.

La seule condition pour pouvoir entreprendre une hausse du Smic serait un retour à la croissance grâce à «une politique de relance à l’échelle française et européenne». Ce qui n’est malheureusement pas le cas, puisque l’heure est aux plans d’austérité en France et dans la zone euro où règne une grave crise de la dette.

Aider ceux qui ont le plus souffert

En attendant, l’économiste préconise donc de concentrer les mesures d’aides vers ceux qui ont «le plus souffert de la crise», c’est à dire ceux qui ont perdu leur emploi où peinent à sortir du chômage. Et ce, même si «il est difficile de vivre aujourd’hui en France en étant au Smic». La ministre de l’Economie a semblé partager ce point de vue lors de sa conférence de presse mercredi.

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