Zone euro: La panique est «excessive» et «injustifiée»

EUROPE Selon les économistes interrogés par 20minutes.fr

Thibaut Schepman
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L'Union européenne tentait lundi d'arracher un accord sur son budget 2011, faute de quoi une série de chantiers-clé pour son avenir comme son tout nouveau service diplomatique ou la supervision des marchés financiers risquent de se voir couper les ailes.
L'Union européenne tentait lundi d'arracher un accord sur son budget 2011, faute de quoi une série de chantiers-clé pour son avenir comme son tout nouveau service diplomatique ou la supervision des marchés financiers risquent de se voir couper les ailes. — Daniel Roland AFP/Archives

Depuis deux jours, la panique gagne les marchés européens. Les taux auxquels les pays parviennent à emprunter de l’argent sont de plus en plus élevés en Espagne, en Italie, au Portugal, et même en Belgique et en France. Dans la péninsule ibérique, ils atteignent des records jamais connus depuis la création de l’euro en 1999. Et les CDS, sorte de contrats d’assurance permettant de se couvrir au cas où un Etat fait défaut, se négocient aussi à des taux très élevés. Deux phénomènes qui traduisent une chose: les investisseurs n’ont plus confiance en l’Europe. La crise peut-elle s’étendre?

Craintes pas justifiées 

 «La dette de la France augmente mais sa situation économique reste positive, les ménages épargnent, et la démographie est favorable. La Belgique a elle une dette élevée, certes, mais c’est le cas depuis longtemps et la situation ne se dégrade pas. Enfin, l’Espagne est en difficulté à cause de la crise immobilière mais elle est entrée dans la crise avec une dette très faible». Selon Céline Antonin, économiste à l’OFCE, chacun de ces pays sort de la crise avec des fragilités, mais tous ont suffisamment de ressources pour ne pas risquer la faillite. « Les situations de la Grèce et de l’Irlande sont suffisamment particulières pour que l’on ne transpose pas les craintes à d’autres pays européens», avance donc Vincent Chriqui, directeur général du CAS (Centre d’analyse stratégique, qui dépend du Premier ministre, ndlr).

 >>>Le point sur les pays en difficulté de la zone euro, à lire ici.

La France, la Belgique ou l’Espagne ont « procédé à des ajustements» et «mis en place des consolidations très crédibles», confirme Frederik Ducrozet, analyste au Crédit Agricole SA, interrogé par 20minutes.fr. De plus la zone euro devrait bien résister en 2011. Car, malgré les plans d’austérité qui se multiplient, la zone euro a un atout de taille: l’Allemagne. Le pays a déjà réussi sa reprise, et devrait atteindre une croissance de 2% en 2011. «Le PIB de l’Allemagne représente le tiers de la zone euro, et il peut entraîner à lui seul la moitié de la zone», conclut-il. Les craintes actuelles sur la zone euro sont donc «excessives» et «injustifiées», avance Vincent Chriqui.

Beaucoup de spéculations  

Comment expliquer alors la montée des craintes? L’Allemagne a proposé que les investisseurs qui achètent de la dette d’un pays puissent devoir mettre la main à la poche en cas de crise. Depui, ceux-ci hésitent à prêter. «De facto, l’hypothèse d’une faillite d’un Etat, ou de l’éclatement de la zone euro, n’est donc depuis plus complètement impossible aux yeux des investisseurs. De plus, les décisions européennes sont longues et complexes et les investisseurs ont du mal à les suivre», analyse Frédérik Ducrozet.

Ce mouvement a également été alimenté par «beaucoup de spéculation», estime Céline Antonin. Les investisseurs auraient augmenté les taux d’intérêts, afin d’empocher d’importantes sommes en retour, mais aussi de contraindre l’Europe à apporter plus de garanties aux Etats en difficulté. «Les investisseurs veulent le beurre et l’argent du beurre», dénonce donc l’économiste. «Ils ne veulent plus prêter qu’à des taux très élevés, donc avec une grande prime de risque, mais ils exigent tout de même que l’Europe mette en place plus de mécanismes de sécurité pour le faire».

Incomprise et menacée par la spéculation, la zone euro va devoir prendre des décisions lors du prochain Conseil européen des 16 et 17 décembre prochain.