Les salaires devraient stagner en 2011

SALAIRES Alors que les revenus n'ont déjà pas augmenté depuis deux ans...

Thibaut Schepman

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Bulletin de paie, image d'illustration.
Bulletin de paie, image d'illustration. — F. DURAND / SIPA

Près de deux Français sur trois n'ont pas bénéficié d'une augmentation significative de leurs revenus depuis deux ans. Et, malheureusement, cela pourrait bien continuer.                             

Les grands cabinets de conseil en ressources humaines anticipent une hausse globale des rémunérations certes supérieure à celle des prix ( 2,7% selon Hewitt, 2,5% selon Mercer, pour une inflation attendue à 1,5%) mais toujours inférieure au rythme observé avant la crise. Certains accords déjà conclus prévoient des hausses plus modestes encore: l'augmentation du salaire fixe sera ainsi au mieux de 2% chez BNP Paribas en 2011.      

Des vannes pas ouvertes                           

«Je n'ai pas l'impression que les vannes soient ouvertes pour des augmentations salariales», déclare Denis Ferrand, économiste de Coe-Rexecode, qui souligne le contraste entre la France et l'Allemagne. Les salariés allemands peuvent s'attendre à des revalorisations plus confortables: l'accord conclu dans la sidérurgie allemande, qui sert de référence à d'autres secteurs, prévoit une hausse de 3,6% des rémunérations sur 14 mois.                                    

Sans rêver à un tel chiffre, les syndicats français espèrent obtenir des hausses de pouvoir d'achat pour 2011. C'est par exemple le cas chez Renault,  où les représentants des salariés entendent mettre en avant le redressement des comptes du groupe ces derniers mois pour réclamer leur dû.  Car 2010 n'aura pas été un bon cru en la matière: la hausse du salaire mensuel de base est tombée en dessous de 2% sur un an en données nominales, son plus bas niveau depuis 2001, ce qui signifie qu'elle est proche de zéro hors inflation, rappelle Alexandre Mirlicourtois, directeur des études du cabinet Xerfi.

Encore des restructurations

Mais la situation de l'emploi risque de plaider en défaveur des salariés. Même si le chômage a diminué en octobre selon les statistiques publiées vendredi , le plan de 3.000 départs en retraite anticipés annoncé la semaine dernière par Renault montre que les restructurations sont loin d'être achevées.                                  

Le groupe au losange n'est pas le seul dans ce cas. Le spécialiste de la défense Thales envisage de supprimer jusqu'à 1.500 postes. Quant à l'Etat employeur, il prévoit de faire disparaître 31.600 emplois de fonctionnaires l'an prochain. «Le rapport de force actuel n'est pas du tout à l'avantage des salariés», constate Alexandre Mirlicourtois.       

Négociations assez dures                            

«Pour ceux qui sont déjà dans les entreprises, les négociations sont assez dures en ce moment, et pour ceux qui entrent sur le marché du travail, la qualité des contrats se dégrade au détriment des CDI tandis que les salaires d'embauche sont orientés à la baisse». Pour la consommation, l'année 2011 ne s'annonce évidemment pas sous les meilleurs auspices.

Le marché automobile, l'un des moteurs de la consommation ces derniers mois, sera privé le 1er janvier du soutien de la prime à la casse. Et parallèlement, la réforme des retraites ou les inquiétudes suscitées par la crise de la dette risquent de favoriser l'épargne de précaution. Un climat qui se reflète déjà sur certains postes de consommation.

«C'est le cas notamment dans le textile-habillement, qui est une variable d'ajustement», explique Alexandre Mirlicourtois. «Ou, pour ce qui est des services, dans la restauration, une dépense discrétionnaire sur laquelle on s'ajuste rapidement. »

Pour Denis Ferrand, «il semble probable que l'on assiste à une reproduction de la dynamique des années 1993-1996, après la précédente récession, durant lesquelles on avait observé une faible progression salariale».  Une perspective qui pourrait nourrir, si ce n'est une spirale déflationniste, au moins une poursuite de la désinflation, c'est à dire une baisse généralisée des prix, des salaires, de l'activité, et le plus souvent une hausse du chômage. «Pour que la situation s'inverse, conclut Alexandre Mirlicourtois, il faudrait une modification des anticiptions économiques qui inciterait les entreprises à investir, puis à embaucher. Les éléments d'un redémarrage sont bien là, mais il manque l'étincelle qui pourrait rallumer la machine.»