Le nombre de pays les plus pauvres a doublé en quarante ans, s'alarme l'ONU

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Le nombre de pays très pauvres sur la planète a doublé ces quarante dernières années de même que le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté depuis les années 1980, s'est inquiétée jeudi l'ONU.

Dans son Rapport 2010 sur les 49 pays les moins avancés (PAM) du monde, la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced) estime que le modèle de développement qui a prévalu jusqu'à présent pour ces pays a échoué et que son architecture est à revoir.

"Les modèles traditionnels appliqués aux PMA (une croissance portée par le commerce) semblent n'avoir pas très bien fonctionné", a expliqué le secrétaire général de la Cnuced, Supachai Panitchpakdi, lors d'un point de presse.

De fait, "au cours de ces 30-40 dernières années, le nombre de PAM a doublé" (passant de 25 en 1971 à 49 aujourd'hui) "ce qui montre bien que la situation s'est détériorée" pour les pays les plus fragiles, a-t-il relevé, indiquant que "le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a de même doublé depuis les années 80".

Le rapport indique de plus que la situation s'est aggravée ces dernières années. Le nombre d'individus vivant dans l'extrême pauvreté a ainsi "augmenté de 3 millions par an entre 2002 à 2007", qui ont été pourtant des années de forte croissance économique (avec des moyennes de 7%), pour atteindre 421 millions d'individus en 2007. Au total, 53% de la population des PMA vivaient dans l'extrême pauvreté au seuil de la débâcle économique mondiale.

Si les PAM ont montré une bonne résistance durant la crise, ils restent néanmoins très fragiles, notamment en raison de leur forte dépendance aux importations, en particulier alimentaires.

"La dépendance aux importations est devenue dévastatrice", a déploré le secrétaire général de la Cnuced, faisant valoir que les dépenses pour les importations de produits alimentaires de ces pays étaient passées de 9 milliards de dollars en 2002 à 23 milliards en 2008. "C'est très alarmant", a-t-il insisté.

De plus, les économies de ces pays restent "peu diversifiées" avec une très faible amélioration de l'épargne intérieure, une plus grande dépendance économique à l'égard de l'épargne extérieure et une accélération de l'épuisement des ressources naturelles, explique encore la Cnuced.

"Tous ces éléments assombrissent aujourd'hui les perspectives de développement des PMA", prévient-elle.

Pour contrer un mode de croissance "non durable" et "non équitable", la Cnuced appelle à une nouvelle architecture internationale du développement qui impliquerait plus ces pays dans la gouvernance mondiale, tout en leur assurant une plus grande assistance financière.

L'engagement des pays donateurs à débloquer 0,7% de leur PIB pour l'aide publique au développement n'est toujours pas atteint, a relevé M. Supachai déplorant un manque à gagner de 23 milliards de dollars par an.

Enfin, ces pays auront besoin d'une aide pour faire face au réchauffement climatique, dont ils sont les premières victimes alors qu'ils n'émettent qu'1% des gaz à effet de serre, responsables de ces changements.

Déjà "les phénomènes météorologiques extrêmes dans les PMA ont été multipliés par 5 entre 2000 et 2010 par rapport à 1970-1979", insiste la Cnuced.