La cohésion de la zone euro fragilisée par la crise

© 2010 AFP

— 

Quelle forme pour le Fonds de secours permanent de la zone euro? la monnaie unique est-elle en danger? l'Union monétaire peine à parler d'une seule voix face à la crise, au moment où les marchés financiers testent sa solidité en Irlande, au Portugal et ailleurs.

Alors que l'Irlande est au milieu d'un processus de sauvetage et que le reste de l'Union monétaire tremble, à mesure que les taux des emprunts d'Etat des pays les plus fragiles grimpent, la communication des Européens reste embrouillée.

L'Allemagne a jeté de l'huile sur le feu ces derniers jours.

Son ministre des Finances Wolfgang Schäuble s'est montré le plus alarmiste mardi en estimant que "l'avenir de notre monnaie unique" était "en jeu", tandis que la chancelière Angela Merkel a parlé de "situation extrêmement sérieuse" pour la zone euro.

Après des critiques, notamment de responsables de la Banque centrale européenne, Mme Merkel a semblé revenir en arrière jeudi: elle a dit avoir "plus confiance qu'au printemps" en la stabilité de la zone euro.

Selon des sources diplomatiques, la dramatisation des enjeux par Berlin vise notamment à faire passer auprès de son opinion rétive la pilule d'un nouveau plan de sauvetage en faveur de l'Irlande, après celui de la Grèce il y a six mois.

La semaine dernière, c'est le président de l'UE Herman Van Rompuy qui a évoqué une crise de "survie" de la zone euro. La Commission européenne, elle, ne cesse d'exhorter à ne pas céder à "l'alarmisme" et la France réfute aussi la crainte d'un délitement de l'Union monétaire.

Les signaux contradictoires s'accompagnent de divergences de fond sur un sujet clé: la forme à donner au futur mécanisme de soutien permanent de la zone euro, appelé à prendre le relais à partir de 2013 du Fonds de soutien temporaire mis en place au printemps.

Les dirigeants de l'UE se sont mis d'accord en octobre sur le principe. Ils doivent discuter de ses contours lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles le 16 et 17 décembre, et notamment de l'implication du secteur privé dans ce dispositif.

L'Allemagne a déjà pris les devants. Elle mène campagne pour faire contribuer les investisseurs privés au dispositif à l'avenir pour freiner la spéculation, au nom de l'équité et de la responsabilisation des marchés.

Berlin a détaillé ses propositions dans un document: il s'agit d'attacher à l'avenir aux obligations souveraines émises en zone euro des clauses spéciales, qui permettraient de rééchelonner les remboursements, de baisser les taux d'intérêt prévus voire de réduire les montants à rembourser.

La position allemande a contribué à affoler les marchés ces dernières semaines, suscitant là encore des critiques et les craintes des pays les plus en danger: Portugal, Grèce et Espagne.

"Angela Merkel doit apprendre que les dirigeants politiques feraient parfois mieux de la fermer", a lâché le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rassmussen. En termes plus diplomatiques, le Premier ministre grec Georges Papandréou a tenu des propos similaires à l'adresse de Berlin.

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro Jean-Claude Juncker apprécie peu les pressions allemandes sur le sujet.

Il a appelé dans une interview à la presse allemande à ne pas "discréditer" le fonctionnement de l'UE, où le compromis entre plusieurs pays prime, en favorisant un système "qui verrait les grands Etats" comme l'Allemagne ou la France "décider entre eux".

La ministre française des Finances Christine Lagarde a souligné pour sa part que la France "travaillait" sur le projet allemand, tout en soulignant qu'elle souhaitait "que le mécanisme, dans l'hypothèse où il engagerait le secteur privé", ne "s'applique qu'au cas par cas".