Avec L'Est Républicain, le Crédit Mutuel étend son empire dans la presse

© 2010 AFP

— 

La banque Crédit Mutuel a pris jeudi le contrôle du groupe L'Est Républicain et étendu son empire de presse à tout l'Est de la France, un monopole dénoncé par les syndicats inquiets des conséquences pour l'emploi et le pluralisme de l'information.

Le conseil d'administration de L'Est Républicain, réuni au siège du journal à Houdemont (Meurthe-et-Moselle), a validé la vente des 43% d'actions de Gérard Lignac à la banque, qui détenait déjà 48% des parts depuis le rachat des actions de Groupe Hersant Media (GHM) fin octobre, selon un communiqué du groupe.

Le processus de vente doit encore passer par une réunion des actionnaires, qui pourrait se tenir courant décembre, selon une source syndicale. Il devra ensuite être validé par la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.

Le Crédit Mutuel, banque fédérative de l'Est de la France, est déjà propriétaire des quotidiens Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, Le Bien Public et Le Journal de Saône-et-Loire, qui forment le groupe EBRA (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes). La banque possède également 80% du journal L'Alsace (Mulhouse) et 100% du Républicain lorrain (Metz).

En s'emparant des quatre titres du groupe - L'Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Vosges Matin et Le Journal de la Haute-Marne -, elle est désormais propriétaire de l'ensemble des journaux de l'Est, ouvrant la voie à de possibles synergies. Réunis, les dix quotidiens ont une diffusion payée de près d'1,2 million d'exemplaires, selon les derniers chiffres de l'OJD.

Ce rachat est "un mauvais présage pour l’emploi dans les entreprises comme pour le pluralisme de l’information", a estimé dans un communiqué le Syndicat national des Journalistes (SNJ), qui constate que "la banque n’aura mis que trois ans pour créer un monopole de la presse régionale et départementale de l’Est sous le regard complice de la Direction de la concurrence et des médias".

"Nous resterons vigilants quant aux projets de mutualisation des contenus des journaux appartenant au Crédit mutuel", a également mis en garde le représentant du SNJ à L'Est Républicain, Eric Barbier, qui assistait au conseil d'administration.

"Cela peut toutefois donner un appel d'air pour de nouvelles embauches, d'ici quatre à six mois", grâce à l'ouverture dans les prochains mois d'une clause de cession pour les journalistes, a-t-il souligné.

La construction de ce nouvel empire de presse avait été entamée dès 2006, lorsque L'Est Républicain s'était associé à la banque pour fonder EBRA, en rachetant à Serge Dassault les journaux de la Socpresse.

Le Crédit Mutuel avait pris le contrôle de la structure à l'automne 2009, en rachetant les 51% de Gérard Lignac dans le groupe.

En revanche, une opération visant à ce que la banque fédérative devienne majoritaire dans L'Est Républicain, en convertissant ses créances en actions, avait été annulée par la Cour d’appel de Nancy le 17 juin 2009, afin que GHM, actionnaire minoritaire, conserve une minorité de blocage.

La vente des actions de GHM au Crédit Mutuel le mois dernier a finalement permis l'opération.

Joint par l'AFP avant le conseil d'administration, Gérard Lignac, 82 ans, a estimé qu'il fallait "savoir s'arrêter à temps".

"Je me réjouis que le nouveau propriétaire se porte bien financièrement et qu'il soit français : je suis un vieil homme pour qui le patriotisme a un sens", a-t-il ajouté.