Aide à l'Irlande: le risque de contagion est-il écarté?

EUROPE L'Espagne et le Portugal toujours dans la ligne de mire des marchés...

Thibaut Schepman

— 

Le gouvernement irlandais réunit dimanche un conseil des ministres extraordinaire afin de finaliser un plan de rigueur draconien, au centre des négociations marathon à Dublin avec l'UE et le FMI sur une aide internationale de dizaines de milliards d'euros.
Le gouvernement irlandais réunit dimanche un conseil des ministres extraordinaire afin de finaliser un plan de rigueur draconien, au centre des négociations marathon à Dublin avec l'UE et le FMI sur une aide internationale de dizaines de milliards d'euros. — Peter Muhly afp.com

L’Irlande va donc recevoir une aide de l’Europe. Les ministres des Finances de l’UE sont finalement tombés d’accord sur un montant de 80 à 90 milliards d'euros. Mais, après la Grèce, l’Irlande est le second pays à être secouru. L’effet domino pourrait-il ainsi s’étendre à d’autres pays très endettés, comme l’Espagne ou le Portugal?

Pessimisme

 Les analystes sont pessimistes. «Je ne pense pas que cela permette en aucune manière au Portugal ni peut-être à l'Espagne de sortir de la ligne de mire», prédit Peter Chatwell, stratégiste au Crédit Agricole à Londres.

«Les causes des déficits de chacun de ces pays sont très différentes. L’Irlande est menacée par un risque bien spécifique de faillites bancaires. Le Portugal a lui un vrai problème macroéconomique de manque de croissance», explique l’économiste Benjamin Carton, interrogé par 20minutes.fr. «Que l’Europe ait accepté de soutenir le premier pays ne signifie en rien qu’elle secourra le second», détaille l’économiste du Cepii  (Centre français d'étude et de recherche en économie internationale).

Pire, les problèmes de fonds n’ont pas été réglés avec les plans d’urgence. «On demande aux Etats de mettre en place des politiques de rigueur dans toute la zone euro. C’est très bien pour apaiser les marchés, mais il ne reste donc plus de levier de croissance pour résorber les déficits à plus long terme», soutient Matthieu Plane, économiste à l’OFCE.

L’Espagne et le Portugal dans le viseur des marchés

«Je pense que le Portugal sera le prochain (à demander une aide)», commente l'économiste portugais Filipe Garcia, de la société de consultants Informaçao de Mercados Financeiros au Portugal, qui évoque des «taux d'intérêt de la dette insupportables».

Or si les marchés s'attaquent au Portugal, l'Espagne pourrait se retrouver rapidement en première ligne à son tour. «Si le Portugal est contraint de passer par un renflouement, ils (les marchés) porteront ensuite leur attention sur l'Espagne et j'ignore quelle sera la réaction du gouvernement», avance ainsi Pedro Schwartz, de l'université San Pablo à Madrid.

Une solution plus durable                                   

Les économistes s’accordent sur un point: sauver les pays menacés ne suffit pas. Mathieu Plane appelle ainsi à un plan d’aide et de solidarité beaucoup plus important, premier étape d’un futur véritable budget européen.

Le dispositif d’aide actuel manquerait trop de clarté. «Les dirigeants européens devraient (…)  présenter un plan clair et détaillé de mécanisme permanent de règlement des crises», estime Carsten Brzeski. «Je persiste à penser que la principale cause de contagion vient de la proposition allemande d'inclure le secteur privé dans un futur mécanisme permanent de règlement des crises», ajoute-t-il , faisant référence aux réticences exprimées par l’Allemagne à l’idée de voir les fonds d’aides aux pays endettés uniquement apportées par les Etats.

Benjamin Carton se réjouit tout de même de voir que l’on a fait «un grand pas dans le sens de la solidarité entre Etats». « Puisque l’Europe a aidé les banques irlandaises, elle sera désormais légitime pour statuer sur la régulation bancaire européenne. On peut imaginer à moyen terme un système de régulation commun, qui serait très efficace en terme de prévention», s’avance même l’économiste. Premières réponses à la mi-décembre: les dirigeants européens seront réunis pour dessiner les contours d'un nouveau mécanisme d’aide.