Nicolas Sarkozy dit que le chômage va baisser en 2011: info ou intox?

EMPLOI Le chef de l'Etat s'y est engagé mardi soir...

Thibaut Schepman

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Nicolas Sarkozy, lors de son interview du 16 november 2010 par Claire Chazal, David Pujadas, et Michel Denisot à l'Elysee.
Nicolas Sarkozy, lors de son interview du 16 november 2010 par Claire Chazal, David Pujadas, et Michel Denisot à l'Elysee. — AFP PHOTO FRANCE2

C'est l'une des principales annonces de Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée de mardi. «Le chômage reculera l'année prochaine, l'économie repart, est contrainte de repartir, on peut s'en sortir», a estimé le chef de l'Etat, ajoutant que «c'est un engagement qui sera un engagement total du gouvernement sur ce front-là». 20minutes.fr fait le point sur l'engagement présidentiel.

Petite baisse possible

Nicolas Sarkozy parie en fait que le mouvement actuel de légère baisse du chômage va se poursuivre en 2011. Le nombre de demandeurs d'emploi a en effet reculé de 0,2% au deuxième trimestre 2010, à 9,7% de la population active. Le nombre de créations d'emplois progresse lui légèrement au deuxième et au troisième trimestre.

Ces signes positifs sont pourtant à nuancer. Car si le taux de chômage a cessé de grimper, il n'en reste pas moins à son plus haut niveau depuis dix ans. Pire, dans ses prévisions pour 2011, l'OFCE pronostique que la reprise devrait s'essouffler en France en raison des mesures d'austérité, et pense donc que le chômage devrait augmenter. Pas de quoi se réjouir trop vite, donc. D'autant plus que les solutions annoncées hier pour soutenir cette baisse font débat.

Payer les salaires des licenciés économiques ?

Le chef de l'Etat mise surtout sur le renforcement des contrats de transition professionnelle (CTP). Ce dispositif, lancé depuis 2005 à titre expérimental, permet aux salariés victimes d'un licenciement économique de garder leur salaire pendant un an, et de bénéficier de formations et d'accompagnement vers l'emploi.

Limité à quelques bassins d'emplois, le dispositif touchait 13.900 personnes en août 2010, selon les derniers chiffres disponibles. Ses résultats sont satisfaisants: 60% des bénéficiaires du CTP trouvent un emploi durable (contrat de plus de six mois) selon la Dares (statistiques du ministère du Travail). Voilà pourquoi le chef de l'Etat souhaite étendre le dispositif à l'ensemble des licenciés économiques, soit 270.000 personnes en 2009. Il avait déjà fait exactement la même proposition devant le Congrès à Versailles en juin 2009, sans vraiment convaincre.

5 milliards d'euros

 «C'est un système très intéressant mais aussi très coûteux», explique en effet à 20minutes.fr Jean-Eudes du Mesnil du Buisson. Le secrétaire général de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) chiffre le coût éventuel d'une extension du dispositif à l'ensemble des licenciés économiques à 5 milliards d'euros, contre 245 millions d'euros aujourd'hui. «C'est insoutenable alors que le déficit de l'Assurance chômage dépasse déjà les 10 milliards d'euros. Il faudrait donc augmenter les cotisations, ce qui nous inquiète beaucoup», ajoute-t-il.

Les syndicats de salariés craignent eux qu'une extension de ce dispositif ne monopolise l'ensemble des fonds, au détriment des chômeurs de longue durée ou des personnes qui subissent des ruptures classiques de contrats. Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, estimait mardi que le dispositif oublie «80% des chômeurs». L'idée de Nicolas Sarkozy ne convainc donc pas les partenaires sociaux. Ca tombe mal, c'est à eux qu'il a confié la tâche de décider de la mise en place de ce dispositif lors de la prochaine négociation de la convention d'assurance chômage en décembre 2010.

Nicolas Sarkozy a enfin souhaité que l'on double le nombre des jeunes en apprentissage. Une solution effectivement efficace face aux graves problèmes d'embauches des jeunes: ils auraient «70 % de chances de trouver un emploi». Le président de la République n'a toutefois pas encore précisé à quelle échéance ni surtout comment il comptait s'y prendre. Un nouveau défi pour Xavier Bertrand, le nouveau ministre du Travail, qui a déjà du pain sur la planche.