La zone euro s'enfonce-t-elle dans la crise dans le sillage de l'Irlande, du Portugal et de l'Espagne?

EUROPE La tension monte pour plusieurs pays...

Thibaut Schepman

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L’Irlande, le Portugal, et même l’Italie et l’Espagne. La pression monte sur ces pays, qui avec la Grèce, forment les PIGS, les pays européens dont la dette inquiète. Leur situation sera au menu de la réunion des ministres des Finances européens qui se rencontrent mardi et mercredi à Bruxelles. Quels pays sont concernés? A quel point? 20minutes.fr fait le point.

L’Irlande, malade de ses banques

C’est le pays qui risque le plus de faire appel à une aide européenne. Le déficit budgétaire de l’Irlande représente aujourd’hui 32% de son produit intérieur brut (PIB). Selon une enquête Reuters, 20 économistes sur 30 interrogés pensent qu'il faudra à l'Irlande un renflouement de l'ordre de 48 milliards d'euros d'ici la fin 2011

. «Le déficit de l’Irlande vient des créances pourries des banques, qui ont été prises en  charge par l’Etat. Le problème n’est que conjoncturel et la situation devrait revenir à la normale dès 2011», nuance toutefois Benjamin Carton, économiste au Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales).

Il n’empêche, depuis quelques semaines, les investisseurs doutent beaucoup de la dette de l’Etat irlandais et négocient ses obligations à dix ans - c’est à dire l’argent prêté à l’Etat pour dix ans contre un rendement garanti- à des taux historiquement hauts: près de 9%. Pour comparaison, les taux proposés à l’Etat allemand sont inférieurs à 3%. La situation s’est un peu calmée depuis que les dirigeants européens multiplient les sorties pour rappeler qu’ils sont prêts à voler au secours de l’ancien Tigre celtique. Reste à savoir si l’Irlande le demandera ou non.

 «Risques élevés» au Portugal

«Contrairement à l’Irlande, la situation macro-économique du Portugal est dégradée, et ce depuis 2004», explique Benjamin Carton. Le déficit est là-bas structurel, c’est à dire que les dépenses y sont plus importantes que les recettes.  «Il y a un vrai risque d’effet boule de neige», alerte Benjamin Carton. «Les inquiétudes des investisseurs entraînent une hausse des taux, ce qui alourdit le déficit, ce qui aggrave l’endettement, et ainsi de suite», détaille l’économiste.

Si bien que le Portugal a dû décider un plan d'austérité drastique pour rassurer les marchés. Le gouvernement socialiste portugais s'est fixé pour engagement un déficit limité à 4,6% du produit intérieur brut (PIB) l'année prochaine, contre une estimation à 7,3% cette année et à 9,3% l'année dernière.

Et même avec ce plan, le Portugal n'est pas sorti d'affaire. «II existe un risque élevé que le Portugal doive demander une aide financière étrangère», a reconnu lundi le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, cité par le site web du Financial Times.

L'Espagne et l'Italie, encore épargnées

Ces pays sont moins menacés. Mais ils craignent la contagion. En effet, si l’Irlande et le Portugal demandent tout deux l’aide de l’Europe, la menace se porterait sur leurs propres dettes. Et, là encore, ils ne pourraient plus emprunter qu’à des taux élevés, ce qui aggraverait encore leur situation économique.

Selon Benjamin Carton, c’est l’Espagne qui pourrait être la plus menacée «en cas de scénario catastrophe», car «elle vit une très grave crise immobilière et une grave augmentation du chômage». «Dans ce cas, l’ensemble du secteur bancaire européen serait touché et l’Europe aurait de très sérieux problèmes», alerte-t-il.

Les ministres des Finances européens auront du pain sur la planche mardi et mercredi à Bruxelles.