Sécurité sociale : «L'assuré va payer la note»

SÉCURITÉ SOCIALE lon Frédéric Pierru, sociologue et chercheur au CNRS, les économies sur le budget de la Sécu devraient peser essentiellement sur les assurés…

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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FRANCE, Paris : Une personne passe devant une antenne de la Caisse  primaire d'assurance maladie (CPAM) le 09 juin 2010 à Paris.
FRANCE, Paris : Une personne passe devant une antenne de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) le 09 juin 2010 à Paris. — AFP PHOTO MIGUEL MEDINA

Le budget de la Sécurité sociale (PLFSS), que votent actuellement les sénateurs, a été placé sous le signe de la rigueur. Que pensez-vous des décisions des parlementaires?

 Ce budget prévoit effectivement plusieurs mesures de réductions des dépenses. On va par exemple réduire les taux de remboursements et la prise en charge des affections de longue durée (AFD) et accroître le ticket modérateur. Mais, pour moi, ce sont essentiellement des mesures comptables qui ne permettent des économies qu’à court terme et elles ne constituent en aucun cas une politique de long terme.

Quelles solutions préconisez-vous pour réduire le déficit de la Sécurité sociale, qui est de 23,1 milliards en 2010? 

 Il y a un effectivement un vrai problème de financement, et c’est pour cela que l’on ne peut se contenter de couper chaque année dans les budgets sans vision à long terme. Chaque année, nos dépenses augmentent de minimum 3%, non seulement parce que la population augmente et vieillit mais aussi en raison d’un progrès médical de plus en plus coûteux. C’est un fait. En revanche, notre PIB augmente beaucoup moins, surtout en temps de crise. Il faut donc accepter de consacrer une plus grande part de notre richesse à nos dépenses de soins. On pourrait le faire en augmentant les cotisations, comme la CSG, mais le gouvernement s’y refuse fermement. Il faudrait aussi repenser l’offre de soins, en repensant par exemple les conditions d’exercice de la médecine de ville, en favorisant le regroupement des médecins et des paramédicaux dans des maisons de santé, et surtout en les rémunérant par forfait plutôt que par acte, qui incite à faire des consultations courtes et très prescriptrices.  
 

Quelles sont les conséquences pour les assurés?

 On ne veut pas augmenter les recettes, ni trop restreindre la croissance des revenus médicaux. Au final, depuis 2004, c’est l’assuré qui paie la note. Dans l’Assurance maladie par exemple, plus de 3 milliards d’euros ont été transférés de la Sécurité sociale vers les ménages entre 2004 et 2008, du fait de l’augmentation des tickets modérateurs, de l’instauration des franchises médicales ou encore en tolérant les dépassements d’honoraires. Et, désormais, on envisage de réduire le nombre de maladies considérées comme des affections longue durée (ALD) et prise en charge à 100%. Cette année, on va réduire les remboursement des tests que réalisent les diabétiques. Les personnes en hypertension artérielle sans complication ne seront plus considérées comme souffrant d’affections de longues durées (ALD). Finalement, on réduit de plus en plus le remboursement des maladies «simples», et on définit avec des critères très stricts les maladies longue durée. On aboutit alors à une assurance maladie qui recentre peu à peu son intervention sur les plus modestes, via la CMU, et sur les très gros risques. Le reste est transféré aux assurés et, quand ils en ont une, à leurs assurance santé complémentaire. C’est bien plus inégalitaire que le système universel né de l’après-guerre où les risques étaient mutualisés entre les contribuables selon leurs revenus. Je pense qu’un tel changement mériterait un vrai débat démocratique, plutôt que des coupes décidées chaque automne pendant le vote du budget de la Sécurité sociale.