Privés d'aides européennes, les tabaculteurs craignent pour leur survie

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"Une inquiétude énorme et une belle dose de sinistrose": tabaculteur dans le Périgord, Philippe Saphary résume l'angoisse d'une filière qui réclame 15 millions à l'Etat français pour compenser la perte depuis janvier des subventions européennes.
"Une inquiétude énorme et une belle dose de sinistrose": tabaculteur dans le Périgord, Philippe Saphary résume l'angoisse d'une filière qui réclame 15 millions à l'Etat français pour compenser la perte depuis janvier des subventions européennes. — Jacques Demarthon AFP

"Une inquiétude énorme et une belle dose de sinistrose": tabaculteur dans le Périgord, Philippe Saphary résume l'angoisse d'une filière qui réclame 15 millions à l'Etat français pour compenser la perte depuis janvier des subventions européennes.

Dans le séchoir saturé par l'odeur du tabac où ils effeuillent les pieds récoltés depuis la mi-août, Philippe et son cousin Pascal font les comptes: sans les 40 millions de la PAC, supprimés en janvier par Bruxelles, "on est à 3 euros le kilo alors que le seuil de rentabilité minimal est de 4 euros", grommelle Philippe, voix rocailleuse et accent périgourdin.

Engoncé dans sa combinaison de travail, leur collègue Christian Carrier approuve: à ce prix-là, "moi, je ne peux plus faire du tabac : travailler pour ne rien gagner, ce n'est pas une solution".

Les trois hommes, exploitants à Saint-Laurent-la-Vallée, à 70 km au sud-est de Périgueux, ne font pas mystère de leur crainte quant à la pérennité de leur activité : "Ce n'est pas un vain mot, on est en péril", affirment-ils.

Depuis trois ans, ils mutualisent leurs efforts : ils ont acquis du matériel en commun et chacun met la main à la pâte sur l'exploitation des autres.

Membres de la coopérative Périgord Tabac (l'une des deux coopératives du grand Sud-Ouest avec Tabac Garonne Adour, chacune rassemblant 500 producteurs), ils pratiquent la polyculture et exploitent à eux trois 8 hectares de tabac, très rentable et qui génère l'essentiel de leurs revenus (entre 50 et 60%).

Mais le tarissement de la manne européenne fragilise selon eux la filière: "si on arrête le tabac, ça sera difficile de faire autre chose", s'inquiète Pascal. La configuration du terrain, vallonné dans cette partie du Périgord, et le morcellement des exploitations ne laissent que peu de possibilités.

Alors, mercredi, les trois hommes se sont joints aux 600 autres producteurs français qui se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale à Paris. Objectif: réclamer une aide publique alors que l'Etat s'apprête à engranger 700 millions de recettes fiscales avec la hausse lundi de 6% du prix des cigarettes.

Une délégation a été reçue par le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, qui leur a annoncé des aides de 11,4 millions d'euros sur trois ans.

Certes, les industriels ont augmenté leur prix d'achat de plus d'un euro en moyenne depuis un an. Pourtant, "sans aide, personne ne replantera en 2011 et la production de tabac, gourmande en main-d'oeuvre, cessera", prévient Thierry Van Gestel, président de la coopérative Tabac Garonne Adour. Il souligne que la filière fait vivre quelque 10.000 personnes, en majorité saisonnières.

La production traitée en France a grimpé jusqu'à 20.000 tonnes mais plafonne depuis trois ans à 13.000 tonnes, rappelle de son côté Eric Tabanou, responsable administratif et financier de l'usine France Tabac de Sarlat (Dordogne), unique site de transformation du tabac en France.

Créée en 1985 à l'initiative des tabaculteurs, elle emploie 110 salariés permanents et travaille notamment pour Philip Morris, Japan Tobacco et Imperial Tobacco.

"Entre 8 et 10.000 tonnes, on peut déjà s'interroger sur l'utilité de maintenir cet outil industriel", estime M. Tabanou. "Et s'ils (les tabaculteurs) disparaissent, nous disparaîtrons aussi".