Comment calcule-t-on le coût d'une grève?

ECONOMIE Le gouvernement l'estime à 300 millions d'euros par jour en moyenne...

Elsa Meyer

— 

Quatorze jours que la grève contre la réforme des retraites dure. De la chimie au BTP, les effets commencent à se faire sentir sur plusieurs secteurs.
 
La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a estimé ce lundi que chaque jour de grève coûtait entre 200 et 400 millions d’euros. Mais difficile de se prononcer sur la facture alors que le mouvement n’est pas terminé.  

Montant décortiqué

Le chiffre de 300 millions d’euros en moyenne n’est pas nouveau. Le gouvernement l’avait déjà donné au moment des grèves contre la réforme des régimes spéciaux en 2007. Contacté par 20minutes.fr, Bercy explique que cette estimation prend en compte quatre éléments. 
 
«La perte de productivité représente une bonne partie de la somme. Quand les transports ne fonctionnent pas, les salariés arrivent plus tard au travail et repartent plus tôt. Ces heures de travail sont perdues mais payées par l’entreprise», analyse le ministère.
 
Deuxième raison invoquée: la hausse de la consommation de carburant. «Les Français vont consommer plus d’essence. Cet argent ne sera donc pas utilisé pour d’autres achats ce qui va peser sur certains secteurs», explique Bercy.
 
Les problèmes d’approvisionnement et de trésorerie des PME jouent aussi sur la facture finale. Arrivent enfin les pertes de billetterie pour les entreprises de transport. La SNCF estime ainsi que chaque journée de mobilisation lui coûte 20 millions d’euros.

Effets de rattrapage

Mais le ministère de l’Economie reconnaît lui-même qu’il ne s’agit pas d’une science exacte. Les chiffres diffèrent d’ailleurs d’une estimation à l’autre. L’Insee considère que les 10 jours de grève contre la réforme des régimes spéciaux en 2007 ont coûté 400 millions d’euros au total.
 
Car tout dépend de quoi on parle. «Il est très difficile d’estimer le coût d’une grève et cela ne peut se faire qu’une fois le mouvement terminé», explique à 20minutes.fr Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.
 
Les chiffres du gouvernement ne tiennent ainsi pas compte des effets de rattrapage. «Sur la productivité par exemple, les salariés qui ont moins travaillé vont souvent rattraper le temps perdu ensuite. On peut observer le même phénomène de report pour la consommation. Il faut donc analyser le coût du mouvement sur l’année et non sur une courte période», explique l’économiste.

Impact limité sur la croissance

Au niveau micro-économique, la grève aura forcément un impact. Certaines activités dans l’industrie ou les services, comme l’annulation d’un voyage, ne se rattrapent pas. Malgré tout, la mobilisation ne devrait jouer qu’à la marge sur la croissance, sauf si le mouvement dure plusieurs mois et se radicalise.

>> Quels sont les secteurs qui souffrent de la grève ? Le point de 20minutes.fr

«En 1995, les vingt jours de grève ont fait perdre à la France 0,05% de PIB, soit 2 milliards d’euros. C’est important mais marginal comparé à l’impact d’autres phénomènes économiques. La hausse de 10% de la valeur de l’euro ces derniers mois nous coûte ainsi près de 0,4 points de PIB», explique l’économiste.