Retraites: Pourquoi le pays ne devrait pas être paralysé

SOCIAL Les préavis de grèves illimitées se multiplient...

Elsa Meyer
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Un préavis de grève a été déposé par les conducteurs de métro et RER de la RATP pour le 3 juin 2013.
Un préavis de grève a été déposé par les conducteurs de métro et RER de la RATP pour le 3 juin 2013. — CHAMUSSY / SIPA

Le mouvement contre les retraites pourrait bien se durcir. Les huit organisations syndicales ont appelé à une quatrième journée de mobilisation le 12 octobre prochain. Face à l'intransigeance du gouvernement, elles menacent maintenant de passer à la vitesse supérieure.

Pour autant, il semble peu probable de revivre le scénario de 1995. Des grèves générales avaient alors paralysé le pays pendant trois semaines pour protester, déjà, contre une réforme du système des pensions.

Préavis de grève

Dans le secteur très stratégique des transports, une grève reconductible ne fait pas encore l'unanimité. Si les préavis se multiplient à la RATP ou dans la filière maritime, la CGT-cheminots, majoritaire à la SCNF (40%), ne se prononcera que mercredi.

Car son secrétaire général, Didier Le Reste, ne veut pas se lancer seul dans la bataille. Il a appelé dimanche d'autres secteurs s'engager dans ce type d'actions.

«En 1995, le mouvement était avant tout porté par les cheminots. Mais ces derniers ont essuyé plusieurs échecs ces dernières années et ils ne veulent pas jouer les kamikazes dans ce conflit», explique à 20minutes.fr, Stéphane Sirot, historien spécialiste des syndicats et des mouvements sociaux.

Réticence nationale

Et ils ne sont pas les seuls à freiner devant une grève illimitée. Au niveau national, plusieurs syndicats ne souhaitent pas radicaliser leur mouvement. La CFDT ou l'Unsa refusent depuis le début de se lancer dans une mobilisation longue et coûteuse pour les salariés.

La CGT de Bernard Thibault est plus hésitante. «C'est l'une des grandes différences avec le mouvement de 1995. La CGT était alors très motivée. Et une mobilisation aussi importante ne peut se faire sans ce syndicat», analyse l'historien.

Position de faiblesse

Des réticences qui s'expliquent, selon lui, par des raisons structurelles et conjoncturelles. «Il y a un mouvement de fond dans le syndicalisme français avec un recentrage sur la négociation plutôt que l'opposition frontale», explique Stéphane Sirot.

«Les syndicats se sentent aussi aujourd'hui en position de faiblesse, avec seulement 7% de syndiqués. Ils craignent un nouvel échec qui viendrait saper leurs dernières bases de légitimité, analyse-t-il. Mais rien n'est encore fait: le mécontentement social est tel que les choses peuvent très bien s'envenimer.»