Jean Arthuis: «La réforme des retraites ne règle pas le problème de fond»

INTERVIEW Le président du groupe centriste au Sénat revient sur les attentes de son groupe alors que s'ouvre le débat ce mardi...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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JDD/SIPA

Ils peuvent faire pencher la balance. Du moins sur certains points. Les centristes comptent bien défendre leurs amendements alors que s'ouvre ce mardi le débat sur la réforme des retraites au Sénat, où aucun groupe politique n'est majoritaire. La bataille s'annonce rude et longue. Interview de Jean Arthuis, patron des sénateurs centristes au Palais du Luxembourg.

Comment abordez-vous l'examen du texte sur la réforme des retraites?
C'est un texte qui permet de tendre vers l'équilibre financier et de colmater le déficit puisque notre système va tout droit vers la faillite. Mais ce n'est que du colmatage et cela ne règle pas le problème de fond. Avec 21 régimes différents, nous avons un système complexe, opaque et inégalitaire.

Que demandez-vous?
Nous avons notamment déposé un amendement pour promouvoir l'ouverture de comptes individuels de cotisation, avec un système à points, équivalent pour les fonctionnaires, les régimes spéciaux ou les salariés du privé. Le taux de cotisation serait le même pour tous et toutes les années de travail seraient prises en compte. En fonction de l'espérance de vie et du montant de la pension, on part à 60 ou plus tard, c'est libre.

Vous vous opposez donc à l'inflexibilité du gouvernement sur les bornes d'âge (62 et 67 ans)?
C'est un geste responsable et courageux, et je n'entends pas de contestation sur ce point dans mon département. Mais il faut prendre un peu de distance et surtout en finir avec des régimes si coûteux. Ce système à points permettrait de régler les problèmes d'inégalités entre les régimes, de carrières longues, des polypensionnés, tout en préservant le système par répartition.

Il a toutefois peu de chances d'être adopté...
Oui, les chances sont minimes, mais je souhaite qu'on débatte de cela. On ne peut pas rester sur le modèle proposé par l'Assemblée.

Que pensez-vous de la proposition de Gérard Larcher (président UMP du Sénat) de maintenir la possibilité de partir à 65 ans sans décote pour les mères de trois enfants nées entre 1950 et le début des années 1960?
Tout cela n'est pas majeur et assez symbolique.

Et seriez-vous prêts à un compromis avec le Parti socialiste, qui vous rejoint sur certains points?
Au Sénat, tout est possible puisqu'il n'y a pas de groupe majoritaire. Mais avec 1.200 amendements (lire l'encadré), le débat risque de s'enliser  et de renvoyer une image caricaturale. Les socialistes et les communistes sont en train d'organiser l'obstruction.

Y a-t-il un point sur lequel vous ne transigerez pas?
Attendons de voir le déroulement de cette discussion, rien n'est acquis.

Temps de parole
Contrairement à l'Assemblée nationale, le règlement du Sénat ne prévoit pas de procédure de «temps programmé» limitant la durée d'un débat sur un texte et permet que des amendements soient mis au vote sans être défendus.