Budget 2011: «Le gouvernement n'a pas le choix»

INTERVIEW Selon Eric Heyer, économiste à l'OFCE...

Propos recueillis par Julie Rasplus

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Billets en euros.
Billets en euros. — JAUBERT/SIPA

Le gouvernement a annoncé ce mercredi les différentes mesures composant le budget 2011, s’engageant dans une politique de rigueur budgétaire. Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE (Centre de recherches en économie de Sciences-Po), analyse ces mesures pour 20minutes.fr.

Un déficit de 6% du PIB en 2011, est-ce réalisable?
A l’OFCE, on ne pense pas que le gouvernement parviendra à tenir ses objectifs. Selon nos prévisions, le déficit sera de 6,5% en 2011. C’est dû au fait qu’il s’agit d’un effort jamais observé dans l’histoire de l’économie française. Pour exemple, à la fin des années 1980, le déficit a été réduit de 2,1 points en trois ans. La croissance était alors supérieure à 3%. Là, on table sur 5 points en trois ans avec une croissance prévue à 2% en 2011. Et puis, nous ne sommes pas encore dans une réelle sortie de crise.

Comment ça?
On est encore dans une période où le chômage est élevé et où il n’y a pas assez de créations d’emplois pour le faire baisser. Nous ne sommes pas en récession mais il est trop tôt pour affirmer la fin de la crise. Il faut être prudent.

Du coup, le gouvernement a-t-il pris les bonnes mesures?
Je rappelle que le gouvernement français est sous contrainte, compte tenu des engagements pris avec Bruxelles. Contrairement aux Etats-Unis, la zone euro a choisi des politiques de rigueur, c’est-à-dire des politiques qui réduisent de manière drastique les déficits et qui souhaitent un retour rapide à l’équilibre financier. En France, ça se traduit par une forte maîtrise des dépenses et une augmentation des prélèvements obligatoires.

Pourtant, le gouvernement maintient qu’il n’augmente pas les impôts. Peut-on le croire?

Le budget 2011 s’appuie sur les niches fiscales. Il n’y a donc pas d’augmentation directe et généralisée du barème de l’impôt. Toutefois, au sens strict du terme, les impôts sont des prélèvements obligatoires. Faire disparaître les niches fiscales reviendra à augmenter les impôts des personnes concernées.

Est-ce un bon choix?
Mais le gouvernement n’a pas le choix! C’est imposé par Bruxelles. Quoiqu’il en soit, l’exécutif a procédé de façon assez intelligente en choisissant entre augmenter les impôts et s’attaquer aux niches fiscales. Cette dernière méthode passe mieux dans l’opinion publique. C’est là qu’il y avait le plus de grain à moudre car beaucoup de niches étaient soit injustes, soit inefficaces, soit improductives. C’était une bonne stratégie que de s’y attaquer.

L’effort demandé aux Français est-il juste?
Au premier regard, ce sont les entreprises qui contribueront le plus au plan de rigueur. En effet, selon le gouvernement, 60% de l’effort sera demandé aux entreprises et 40% aux ménages. Or, quand on ôte des cadeaux aux entreprises, ça se répercute très souvent sur les ménages. Et ce sera le cas. Ça se traduira par des hausses de prix ou des baisses des salaires. Finalement, l’effort sera sûrement équivalent à 50/50 voire à 40% pour les entreprises et 60% pour les ménages.