Réforme des retraites: Pourquoi ça coince sur la pénibilité

SOCIAL Gouvernement et syndicats n'ont pas la même définition de ce qu'est un travail pénible...

Elsa Meyer
— 
Des ouvriers travaillent sur un chantier, le 22 juillet 2010, porte de Charenton  à Paris. 
 
Des ouvriers travaillent sur un chantier, le 22 juillet 2010, porte de Charenton à Paris.   — AFP

Face à l’ampleur de la mobilisation contre la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy a fait ce mercredi de nouvelles propositions sur le dossier de la pénibilité.  

Des évolutions qui ne devraient cependant pas satisfaire les syndicats. Car le problème de fond demeure: tous n’ont pas la même définition de ce qu’est un travail pénible.

Dispositif de la réforme

La réforme des retraites prévoit de maintenir à 60 ans, contre 62 ans en 2018 pour les autres salariés, l’âgé légal de départ pour tous ceux qui ont en un emploi jugé pénible.  

L’objectif: prendre en compte le fait qu’un ouvrier vit par exemple six années de moins qu’un cadre.

Définition retenue

Mais le gouvernement a refusé de dresser une liste des métiers plus difficiles que les autres. La pénibilité va donc être évaluée au cas par cas selon des conditions très strictes.  

Le salarié devra d’abord prouver à un médecin qu’il souffre «d’un affaiblissement physique avéré» au moment où il souhaite partir à la retraite .

Ce départ à 60 ans pour pénibilité ne doit ensuite s’appliquer qu’aux personnes qui pourraient justifier d’une incapacité de travail d’au moins 20%, qui donne lieu à une rente pour maladie professionnelle ou accident de travail.

30.000 personnes concernées

Le chef de l'Etat a annoncé mercredi qu’il voulait que ce taux d’incapacité passe à 10%. Le dispositif toucherait ainsi quelque 30.000 personnes chaque année, contre 10.000 avec la première version du texte, selon les chiffres du gouvernement.

Les syndicats jugent cependant cette définition de la pénibilité encore trop restrictive.

Limites de la réforme

«Même en abaissant le seuil à 10%, très peu de salariés seront concernés. Quand on multiplie zéro par zéro, ça fait toujours zéro», critique Bernard Salengro, président du Syndicat général des médecins du travail, interrogé par 20minutes.

Les personnes qui souffrent d’une incapacité de travail entre 10 et 20% ne pourront tout d’abord partir automatiquement à la retraite à 60 ans. Ils devront faire appel à une commission pluridisciplinaire.

Le dispositif ne prend pas aussi en compte les pathologies qui ne rentrent pas dans la liste des maladies professionnelles, comme tous les problèmes psychiques, telle la dépression ou le stress. 

Bonus/Malus

La réforme exclut enfin l’ensemble des maladies qui se déclenchent après l’arrêt de l’activité.

«Il aurait mieux fallu un système de bonus/malus pour les entreprises: celles qui usent leurs salariés devraient davantage cotiser. L’approche individualisée du gouvernement n’est pas la bonne solution car elle n’incite pas les entreprises à faire de la prévention sur la pénibilité au travail», conclut Bernard Salengro.