Emeutes de la faim au Mozambique: y-a-t-il un risque de contagion?

ECONOMIE La population proteste contre l'explosion des prix des produits alimentaires de base...

E.M.

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Emeutes contre la vie chère au Mozambique le 2 septembre 2010.
Emeutes contre la vie chère au Mozambique le 2 septembre 2010. — Nastasya Tay/AP/SIPA

De violentes manifestations contre la vie chère ont secoué le Mozambique la semaine dernière. Treize personnes sont mortes et plus de 400 ont été blessées, selon le bilan officiel. 

Une situation qui fait craindre de nouvelles émeutes de la faim, comme celles qui s’étaient propagées un peu partout dans le monde il y a trois ans.  

Hausse du prix du pain

A Maputo, la décision du gouvernement d’augmenter le prix du pain la semaine dernière a mis le feu aux poudres. Ce dernier a explosé de 30% et s’est accompagné d’une flambée des prix du pétrole et d’autres produits de première nécessité.

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester alors que 70% de la population vit déjà en-dessous du seuil de pauvreté.

Flambée des cours

Depuis des mois, les prix ont flambé au Mozambique en raison de la dépréciation de la devise nationale, dans un pays très dépendant des importations. Mais la hausse s’explique aussi par l’envolée des cours mondiaux de céréales.

Entre les mauvaises récoltes des principaux pays producteurs et l’embargo de la Russie sur ses exportations de blé, l’offre se raréfie et les prix augmentent.

Situation différente

Pour l’instant, la situation est cependant différente de celle observée avant les émeutes de la faim il y a trois ans. Contrairement à 2007-2008, «les prix du riz, très important en Afrique subsaharienne, mais aussi du pétrole, crucial pour l'acheminement des denrées, sont à peu près stables», relève Victor Lopes, de la Standard Chartered Bank,

Quant aux prix du blé, s'ils se sont envolés de 5% de juillet à août, ils restent inférieurs de 38% à leur record de juin 2008, relativise l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Aucun risque de pénurie n’est enfin à prévoir. Avec près de 200 millions de tonnes, les stocks mondiaux de blé atteignent leur plus haut niveau depuis dix ans.

Inquiétudes internationales

La situation au Mozambique n’en est pas moins inquiétante. Car elle prouve que beaucoup reste à faire.

Pour Abdolreza Abbassian, analyste à la FAO, les marchés des matières premières agricoles «sont encore trop dépendants des aléas climatiques» et les Etats, importateurs comme exportateurs, doivent «apprendre à mieux gérer les stocks.»

Autre dossier sur la table: la lutte contre la volatilité des prix des produits alimentaires.

La FAO a convoqué à Rome une réunion spéciale sur ce sujet le 24 septembre. La France a déjà annoncé, de son côté, que la régulation des marchés financiers liés aux matières premières serait l’une des priorités de sa présidence du G20 en novembre prochain.