De nouvelles émeutes de la faim vont-elles éclater?

AGRICULTURE La FAO est inquiète face à l'explosion des prix des céréales...

E.M.

— 

Un champs de blé au sud de Moscou, en Russie, en août 2010.
Un champs de blé au sud de Moscou, en Russie, en août 2010. — Ivan Sekretarev/AP/SIPA

Au printemps 2008, des émeutes de la faim éclataient de l’Egypte à l’Indonésie en passant par Haïti. Les populations dénonçaient l’explosion des prix des matières agricoles de base, comme le blé ou le riz.

Mais cette crise alimentaire n’est pas qu’un lointain et mauvais souvenir. Elle pourrait bien ressurgir dans les mois qui viennent, a estimé jeudi Luc Guyau, président de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Hausse des cours des céréales

Car les prix des céréales s’envolent sur les marchés internationaux. En cause: l’embargo de la Russie, troisième exportateur mondial, sur ses livraisons de blé, et les mauvaises récoltes en Ukraine, au Canada ou au Kazakhstan. 
 
Le prix moyen du blé flirte ainsi depuis début août avec les 210 euros la tonne, contre à peine 120 euros l’année dernière.
 
Et la hausse des cours de l’épi entraîne dans son sillage celle des autres céréales. Le prix de l’orge a ainsi doublé ces deux derniers mois.

Risque d’émeutes

«Si cela devait durer trop longtemps, on ne peut pas sous-estimer le risque de nouvelles émeutes de la faim», a déclaré Luc Guyau dans une interview à l'AFP, en marge des Terriales, rencontres autour de l'agriculture organisées à Nouvoitou, près de Rennes.

Pourtant, aucun risque de pénurie n’est à prévoir. Les récoltes ont été bonnes aux Etats-Unis et en Europe. Avec près de 200 millions de tonnes, les stocks mondiaux de blé atteignent leur plus haut niveau depuis dix ans.

Ils s'établissent ainsi à environ 90 jours, alors qu'ils étaient tombés à 56 jours en 2007, a estimé le président du Conseil de l'organisation la FAO.

Spéculation en cause

Luc Guyau dénonce donc une flambée des cours injustifiée, «beaucoup plus spéculative qu'en 2007».

Le président de la FAO milite ainsi pour une plus grande régulation sur les marchés des matières premières agricoles. Il souhaite aussi développer dans les pays du Sud des productions vivrières locales pour qu’ils ne soient plus dépendants des exportations internationales. 

Cette question de la volatilité des prix agricoles sera également l’une des priorités de la présidence française du G20, en novembre prochain, a annoncé Nicolas Sarkozy mercredi.